Les Jeux Olympiques d’hiver ont pris fin à Milan-Cortina avec un record de médailles pour la France. Dans le même temps, un alpiniste qui avait abandonné son amie en montagne a été condamné par la justice autrichienne à de la prison. Le Népal essaye de renforcer sa réglementation d’accès à l’Everet. Pendant qu’au Tibet, on pourrait bien fermer l’accès au toit du monde pour la saison. En France, les fortes chutes de neige dans les Alpes ont relancé le débat sur le réchauffement climatique et de nouvelles études s’intéressent aux avalanches et à leur vitesse. Enfin, petit détour par le Népal où la production d’Emmental (oui, oui !) fait grise mine. Et par le Bhoutan où les microplastiques s’invitent dans l’eau du pays.
1. Prison avec sursis pour l’alpiniste qui avait abandonné son amie | 2. Le Népal vote une loi pour renforcer les règles d’accès à l’Everest | 3. Pas d’Everest par le Tibet ce printemps ? | 4. 9 morts dans une avalanche très prévisible | 5. Avec toute cette neige, vous parlez encore de changement climatique ? | 6. Les avalanches dépassent les 100 mètres par seconde. | 7. Avenir incertain pour l’Emmental de l’Himalaya | 8. Au Bhoutan, les microplastiques contaminent l’eau !
Prison avec sursis pour l’alpiniste qui avait abandonné son amie
Un alpiniste de 37 ans a été condamné à cinq mois de prison avec sursis et 9 600 euros d’amende pour homicide involontaire par négligence grave, explique Der Standard. Sa compagne de 33 ans était morte lors de l’ascension hivernale du Grossglockner, le plus haut sommet d’Autriche. Le 18 janvier 2025, le couple s’était engagé sur une voie technique avec du retard et malgré des conditions météorologiques se dégradant fortement. Épuisée et en hypothermie à quelques dizaines de mètres du sommet, la jeune femme s’était effondrée peu avant minuit. Son compagnon l’avait alors attachée à un rocher et avait poursuivi seul jusqu’au sommet avant de redescendre donner l’alerte.
Les secours n’ont pu que constater son décès le lendemain matin. Le parquet reprochait à l’accusé une série de fautes, notamment d’avoir persisté malgré le manque d’expérience hivernale de sa partenaire. Mais aussi de ne pas avoir fait demi-tour ni appelé les secours à temps et de l’avoir laissée sans protection adéquate. Après un procès très suivi à Innsbruck, le tribunal a estimé que son expérience supérieure lui imposait une responsabilité particulière. Et que ses décisions constituaient une négligence grave, une affaire qui a depuis relancé le débat sur la responsabilité et le leadership lors d’expéditions privées en montagne.
Le Népal vote une loi pour renforcer les règles d’accès à l’Everest
Le parlement népalais a adopté le projet de loi intégré sur le tourisme selon le Kathmandu Post. Il impose des règles plus strictes pour l’alpinisme, notamment sur l’accès à l’Everest. Le texte exige désormais un certificat médical récent pour tous les membres d’une expédition. Mais surtout une expérience préalable — dont l’ascension d’un sommet népalais de plus de 7 000 mètres pour obtenir un permis pour l’Everest. Il formalise aussi l’obligation d’une assurance couvrant accidents, secours et rapatriement. Il crée également un fonds de protection de l’environnement et de bien-être des alpinistes, financé notamment par une redevance non remboursable sur les déchets, afin de soutenir un plan de nettoyage à long terme face aux critiques sur la pollution en haute montagne.
Cette redevance sur les déchets existe déjà, mais elle était remboursable si les alpinistes rapportaient suffisamment de déchets au camp de base. Il est question de 4.000 dollars qui s’ajoutent au permis coûtant 15.000 dollars. Le projet doit encore être approuvé par la Chambre des représentants avant d’entrer en vigueur. Le Népal a tenté ces dernières années de mettre en place nombre de réglementations en lien avec l’Everest. Chaque année, de nouvelles règles sont annoncées. La plupart restent sans suite, faute de moyens dédiés à la mise en application. Cette fois-ci cependant, la règle pourrait bien être une loi et non un règlement local ou un décret ministériel. La saison qui démarre en avril pourrait néanmoins intervenir avant le vote définitif de la loi, et son application ne devrait pas intervenir avant 2027.
Pas d’Everest par le Tibet ce printemps ?
D’après le Tourism Times, le Tibet aurait prévu de fermer son accès à l’Everest ce printemps. Une décision qui aurait été motivée par le feu d’artifice interdit en septembre dernier. Une fermeture qui n’a pas encore été annoncée officiellement par les autorités tibétaines mais qui ne serait pas une grande surprise. Sur la dernière décennie, la voie chinoise (tibétaine) d’accès à l’Everest n’a été ouverte qu’une année sur deux. Les expéditions prévues sur le versant nord devraient ainsi se reporter sur le côté sud. Le Népal pourrait donc encore être le gagnant de cette fermeture, accueillant toujours davantage de grimpeurs à son camp de base.
9 morts dans une avalanche très prévisible
Le 18 février, une avalanche survenue près du lac Tahoe en Californie, a emporté neuf membres d’un groupe de quinze skieurs de randonnée. Ils étaient encadrés par quatre guides de Blackbird Mountain Guides. Une excursion réalisée malgré des conditions météorologiques extrêmes et un niveau de danger élevé signalé par le Sierra Avalanche Center. L’accident, considéré comme le plus meurtrier aux États-Unis depuis quarante ans, s’est produit dans le secteur de Castle Peak. Une tempête majeure y avait déposé jusqu’à deux mètres de neige instable. Parmi les victimes figurent six skieuses expérimentées et trois guides professionnels hautement qualifiés. Six personnes ont survécu. Face à l’ampleur du drame et aux alertes émises avant l’excursion, les autorités du comté de Nevada ont ouvert une enquête criminelle. Elles cherchent à déterminer si des négligences ou des erreurs de jugement ont conduit le groupe à poursuivre sa sortie malgré les risques.
Avec toute cette neige, vous parlez encore de changement climatique ?
C’est un article américain, de Snowbrains, qui relance la traditionnelle discussion de comptoir. « Arrêtez de parler de changement climatique avec l’hiver qu’on est en train de vivre ! ». Oui, l’hiver dans les Alpes est particulièrement enneigé et les cumuls dépassent 4 mètres dans nombre de station des Alpes du nord. Dans certaines zones, il faut remonter à 1999 pour observer des cumuls comparables. Faisant de cet épisode l’un des plus marquants depuis près de trente ans dans le nord des Alpes françaises.
Toutefois, ces conditions remarquables concernent surtout les altitudes intermédiaires (1 400–2 100 m), tandis qu’en vallée, des températures plus douces ont limité l’enneigement. Cet épisode illustre en fait l’impact du réchauffement climatique. Si les épisodes neigeux intenses restent possibles, ils deviennent plus rares et se produisent à des altitudes de plus en plus élevées, la limite pluie-neige continuant de remonter au fil des décennies. Les hauteurs de neige observées aujourd’hui à 1 800 ou 2 000m d’altitude auraient pu être constatées 200 à 300m plus bas quelques décennies en arrière dans les mêmes conditions météorologiques.
Les avalanches dépassent les 100 mètres par seconde.
Alors que le nombre de victimes a dépassé les 100 cet hiver dans les Alpes, une étude s’intéresse à la vitesse de déclenchement des avalanches. Des chercheurs de l’WSL Institute for Snow and Avalanche Research (SLF) ont montré, grâce à des expériences menées près de Davos, que les fissures dans les couches fragiles du manteau neigeux se propagent bien plus rapidement qu’on ne le pensait. Elles atteignent plus de 100 m/s et jusqu’à 130 m/s, dépassant ainsi les limites théoriques admises (20 à 80 m/s).
En déclenchant volontairement des avalanches dans des conditions contrôlées et en les filmant avec des caméras haute vitesse, le chercheur Bastian Bergfeld a observé qu’après une phase initiale lente, la fissure accélère brusquement. Un phénomène qui se produit au-delà d’une distance critique de cinq à six mètres, probablement sous l’effet de la gravité. Ces résultats confirment des modèles informatiques récents et apportent des connaissances essentielles pour améliorer les prévisions de taille et de danger des avalanches, même si des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre la fréquence réelle de ce phénomène en conditions naturelles et son influence précise sur le déclenchement et l’ampleur des avalanches.
Avenir incertain pour l’Emmental de l’Himalaya
Dans le Langtang, au Népal, la production du célèbre Emmental himalayen est aujourd’hui menacée. Elle avait été lancée dans les années 1950 grâce à une coopération suisse pour valoriser le surplus de lait de yak. Gyalbu Tamang, fils d’un des premiers fromagers formés par des experts suisses et actuel directeur de la fromagerie de Kyangjin, a vu l’activité prospérer avec l’essor du trekking. Avant que le séisme de 2015 n’anéantisse le village, tue des centaines de personnes, décime les troupeaux et détruise l’usine.
Bien que les Suisses aient aidé à reconstruire l’installation, le faible prix du lait fixé par la Dairy Development Corporation, le vieillissement des éleveurs, l’exode des jeunes et la baisse drastique du nombre de yaks ont fait chuter la production annuelle de 5 000 kg à seulement 800 kg. Malgré un fromage vendu cher à Katmandou, l’avenir de cette tradition semble incertain souligne le Nepalitimes. Gyalbu Tamang continue de se battre pour une hausse du prix du lait afin de sauver ce savoir-faire ancestral.
Au Bhoutan, les microplastiques contaminent l’eau !
Le plastique est partout, de l’air des Pyrénées à l’eau « pure » venue des confins de l’Himalaya rapporte le Kuensel. Au Bhoutan, des résultats de prélèvements ont récemment alarmé la population. Des microplastiques ont ainsi été retrouvés dans l’eau du robinet à Thimphou mais aussi dans des bouteilles d’eau dite « de source ». Les chercheurs ont mis en évidence que la quantité de plastiques retrouvée dans ces eaux n’est pas forcément très élevée. En revanche, le type de polymères repérés rend cette contamination potentiellement dangereuse. L’étude souligne aussi qu’elle ne s’est intéressée qu’aux microplastiques. Les nanoplastiques, plus petits, sont aussi vraisemblablement présents et peuvent poser un problème de santé publique. L’étude recommande toute une série de mesures pour réduire ces contaminations. Notamment en lien avec la gestion des déchets.
Illustration – Innsbruck © Pixabay
