premier de cordée

Emmanuel Macron, que serait un premier de cordée sans son second ?

Dans les années 1940, Roger Frison-Roche écrivait Premier de Cordée. Ce roman à succès raconte l’histoire d’un jeune montagnard désireux de prendre la suite de son père en devenant guide de haute montagne. En tentant de récupérer le corps du-dit père, foudroyé en montagne, il chute lourdement. Il en réchappe miraculeusement mais souffre désormais de vertige. Comment devenir guide si on a le vertige… Dans ces circonstances, le personnage principal ne deviendra pas « premier de cordée » seul. Il pourra compter sur ses amis pour le pousser à grimper à nouveau.

Depuis cet ouvrage, l’expression est restée et elle quitte souvent l’univers montagnard pour des incursions dans d’autres sphères qui peuvent se révéler… surprenantes. Le premier de cordée est le « leader du groupe d’alpiniste », celui qui monte en premier et aide ensuite le reste de la cordée à se hisser à son niveau. Le Larousse confirme : « celui qui est en tête de la caravane d’alpinistes et marque la voie ». Selon Emmanuel Macron, il en serait de même de ceux qui réussissent dans la société. Ils grimpent devant, et auréolés de leur succès, ils entraînent le reste de la société. Les seconds de cordées bénéficient ainsi de tous les talents déployés par les premiers de cordées et la société va de l’avant, tractée par les « meilleurs ». L’image est-elle vraiment employée à bon escient ?

Pourtant les règles de la montagne ne sont pas aussi simplistes

Car le premier de cordée, qui a souvent les capacités techniques et l’expérience nécessaires à cette place en tête, est relié aux autres. Cette corde qui passe dans les harnais de chaque grimpeur est un lien on ne peut plus évident. Un lien qui rappelle à chacun que la cordée est avant tout un groupe. Avant de parler de premier ou de second de cordée, on parle de cordée. Quand il se fait tard et qu’un groupe n’a pas regagné le refuge, le gardien ne s’écrit pas « mais qu’a fichu le premier de cette cordée ? ». Non car quand un problème se présente, la cordée toute entière est là pour trouver une solution.

Dans l’histoire de l’alpinisme, le mécanisme était même inversé. Puisque le client du guide, bien moins expérimenté, tirait fort bien la couverture à lui quand il s’agissait de s’enorgueillir de l’atteinte d’un sommet. Edward Whymper*, à qui l’on attribue la première ascension du Cervin, y serait-il parvenu sans son guide ? L’Histoire a oublié son nom, il était pourtant mort pendant la descente.

La gloire était donc pour le second de cordée ?

Il faut bien avouer que dans bien des groupes de grimpeurs, cette terminologie n’a pas beaucoup de sens. Car le premier de cordée peut laisser sa place au second, qui devient premier le temps d’une longueur ou de quelques heures. Si le premier sécurise la progression du second, c’est bien réciproque. Quand le premier grimpe, seul en tête, la corde qui le relie au second assure sa sécurité. Si le premier tombe, c’est bien le second qui le rattrape. Et à son tour, quand le second tombe…

Car une course en montagne n’est pas une promenade digestive. Les dangers de la montagne sont réels et les affronter seul n’est pas raisonnable. Quelques alpinistes professionnels en ont fait leur spécialité, hélas ils ne brillent pas souvent par leur longévité et ils sont surtout très peu nombreux. Celui qui grimpe seul ne va pas souvent bien loin. Alors que serait un premier de cordée sans sa corde et son second ? Tout politique mise à part, certaines images alpinistiques ne sont peut-être pas les bonnes…

*Edward Whymper n’était du reste pas un débutant et il avait pour lui la volonté et la pugnacité. Son guide, décédé au Cervin, était Michel Croz. Une cordée à découvrir dans Cordée Royale de Marcel Peres, aux Editions Guérin.

Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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