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Pré-acclimatation de Moro et Lunger : dopage ou expérience scientifique ?

Depuis plusieurs semaines, Simone Moro et Tamara Lunger passent le plus clair de leur temps dans une boite. Un simulateur d’altitude extrême dans lequel ils suivent toute une batterie de tests, sous l’égide de chercheurs spécialisés. Avec une telle « préparation », ils devraient arriver dans quelques heures au Pakistan déjà acclimatés à la haute altitude. Evidemment, des voix se sont élevées pour dénoncer une telle pratique. Elle irait à l’encontre de l’éthique de l’alpinisme, et pourrait être considérée comme une forme de dopage. Pourtant, derrière la controverse, il y a un vrai travail scientifique et de vraies avancées. De quoi s’agit-il vraiment ?

Le protocole scientifique décrit au démarrage de l’expérience

« Eurac Research étudie l’acclimatation et la désacclimatation. (…) Leur acclimatation au sein du simulateur terraXcube durera 4 semaines en tout. Après de premiers contrôles médicaux, Tamara et Simone dormiront dans la chambre hypobare et s’entraînent à l’extérieur pendant la journée. Au cours des deux semaines suivantes, ils resteront continuellement dans la chambre et entraîneront sur un tapis roulant.

L’objectif est d’atteindre une bonne acclimatation jusqu’à une altitude de 6.400 mètres. S’ils se sentent bien, (…) pendant quelques heures, les chercheurs pourront amener la pièce à une altitude de 8.000 mètres et au-delà. Ils changeront également la température pour observer l’adaptation du corps au froid. » Tout au long de leur présence dans la chambre, les alpinistes subiront une batterie de tests (tests sanguins, IRM, échographie cardiaque,…) de manière répétée. Moro et Lunger reviendront subir plusieurs examens à leur retour du Pakistan.

Quels sujets sont examinés ?

« C’est l’occasion pour nous de suivre deux sujets dans un contexte parfaitement contrôlable et contrôlé, c’est-à-dire dans la chambre climatique terraXcube. En savoir de plus en plus sur la façon dont l’organisme réagit à l’hypoxie, c’est-à-dire le manque d’oxygène à haute altitude, signifie améliorer la sécurité des expéditions d’alpinisme, mais aussi de ceux qui travaillent à haute altitude, comme les équipes de secours et les missions humanitaires, pour exemple à l’occasion du tremblement de terre au Népal, des pilotes ou des travailleurs engagés dans la construction de routes ou de barrages.

Non seulement cela, cette étude de cas aidera à comprendre sur quels aspects concentrer l’attention sur la prochaine recherche, étendue à un plus grand nombre de participants pour avoir une pertinence statistique»

Dans quelques heures, Tamara Lunger et Simone Moro devraient rejoindre le Pakistan. Leur cible : les Gasherbrum I et II dont ils pourraient enchaîner les ascensions. Un enchaînement jamais réalisé en hiver. Avec une telle préparation à Bolzano, dans le nord de l’Italie, ils auront très certainement gagné du temps sur l’acclimatation au Pakistan. Mais, aux dires des chercheurs, ils auront également fait avancer la science avec des « tests longs et innovants » ! Du reste, une telle préparation ne leur donne pas des supers pouvoirs. Elle acclimate leurs corps comme la nature le fait en montagne. « Mais c’est sûr que je préfère m’acclimater en montagne » explique Tamara au moment du départ. Simone est bien d’accord.

Il y a quelques mois, Kilian Jornet avait suivi une préparation du même type. Il mettait alors en avant les côtés pratiques, de réduction des durées d’expédition notamment. Des technologies accessibles à de plus en plus de monde. Au printemps dernier, une Américaine avait ainsi réduit la durée de son expédition commerciale à l’Everest à seulement 15 jours.

Illustration © Eurac Research

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