Il y a quelques heures, on apprenait l’arrêt de la mission de sauvetage sur le Pic Pobeda. Les secouristes tentaient de venir en aide à une alpiniste coincée par une blessure à la jambe à environ 7.150 mètres. Les conditions sur la montagne (météo, risques d’avalanches, altitude) et les moyens déployés n’ont pas permis de sauver la grimpeuse pourtant expérimentée. Natalia Nagovitsyna aurait-elle pu être sauvée ?
Si les sauvetages sont le quotidien des professionnels du PGHM ou de la CRS Alpes sur les massifs français, toutes les montagnes du monde ne sont pas logées à la même enseigne. Sur l’Everest et nombre de sommets népalais, l’industrialisation des expéditions permet – pendant la haute saison – de disposer de moyens techniques et humains pour effectuer des missions du même genre. Si le secours en montagne n’est pas professionnalisé comme en Europe, les moyens sont souvent là. Des hélicoptères privés aux pilotes aguerris à la haute altitude sont capables d’intervenir jusqu’à 7.000 mètres d’altitude. Des guides et sherpas expérimentés viennent compléter les capacités de secours.
Être immobilisé à 7.000 mètres sur l’Everest ne signifie pas votre arrêt de mort. Tout comme au sommet du mont Blanc. Même si les conditions météo peuvent venir compliquer la mission des secouristes. Et que même sur le mont Blanc, on peut attendre de l’aide qui ne viendra pas.
Des sommets trop reculés
Sur les 8.000 du Karakoram (Pakistan) ou sur les 7.000 de l’ex-URSS (Kirghizistan, Tadjikistan ou encore Kazakhstan), les capacités de secours demeurent bien plus réduites. Il n’y a généralement pas ou peu d’hélicoptères disponibles. Souvent propriétés de l’armée, ils sont peu enclins à franchir certaines limites d’altitude. Quand il ne s’agit pas de machines trop lourdes pour la montagne. Comme celle utilisée sur les pentes du Pic Pobeda ces dernières semaines. Et faire venir un hélicoptère d’une autre région est mission impossible dans un délai court. Sur le Pobeda, un appareil « léger » comme les Airbus utilisés sur l’Everest aurait pu tenter un secours à 7.150 mètres mais la machine n’était pas disponible rapidement et se serait heurté à un autre problème… la météo.
A la latitude du Pic Pobeda (près de 1.000km au nord du K2, 1.600 de l’Everest), la météo est beaucoup moins stable que dans le massif du mont Blanc ou même sur l’Everest. Les journées de beau temps sont moins fréquentes, le climat est plus inhospitalier (froid, venteux). Les fenêtres météo pour un vol en hélicoptère sont rares.
Et une caravane terrestre ?
Restait la possibilité d’une caravane terrestre capable de venir en aide à Natalia Nagovitsyna. Le Pic Pobeda est relativement peu fréquenté notamment à cause de sa difficulté. En cette fin de saison, il n’y avait plus grand monde au camp de base. Avec la technicité de l’itinéraire et son altitude, il aurait fallu beaucoup de monde. Sans doute une dizaine, voire une vingtaine d’alpinistes aguerris et acclimatés à la haute altitude. Une telle équipe aurait été nécessaire pour espérer venir en aide à l’alpiniste en détresse. Et l’atteindre aurait déjà nécessité 5 ou 6 jours. La descendre aurait sans doute pris autant de temps, si ce n’est davantage. Des conditions difficiles à imaginer pour une blessée déjà immobilisée dans le froid depuis plusieurs jours.
Pas d’hélicoptère ou de sauveteurs aguerris. Pas grand monde au camp de base pour aider. Une météo complexe. Et un itinéraire très technique. Avec de tels paramètres, le sort de Natalia Nagovitsyna était probablement scellé au moment où elle s’est immobilisée à 7.150 mètres.
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