Lyon Turin

On ne voit pas le bout du tunnel Lyon Turin

Censé relier Lyon à Turin à l’horizon 2030, ce tunnel traversant les Alpes n’en finit pas de faire couler de l’encre. C’est à proximité de St Jean de Maurienne que le tunnel débute, pour ne ressortir que 57 kilomètres plus loin dans le Val de Suze, en Italie.
Des TGV et des trains de marchandises pourront emprunter cette nouvelle voie à près de 220 km/h. Mais aussi des camions, embarqués sur des wagons. Si ce projet du Lyon Turin traîne dans les cartons depuis des décennies, c’est en 2001 que le premier accord franco-italien a été trouvé. Les travaux ont débuté (presque) dans la foulée, quelques 15 ans plus tard.

2015 : le procès d’Erri de Luca

Les oppositions au projet sont vives. Son impact environnemental est sous-estimé, sa véritable utilité est discutable, sa rentabilité future est sujette à caution. Les arguments des anti-Lyon/Turin sont nombreux. Parmi les détracteurs du projet, Erri de Luca, écrivain italien, a encouragé à « saboter » ce chantier.
Ces quelques mots dans un article du Huffington Post ont suffit à lui faire un procès. Près de 10 mois de procès et 8 mois de prison ferme dans la balance. Finalement, devant l’émoi de toute une partie du monde de la culture, le tribunal prononce la relaxe.
Illustration du climat tendu dans lequel avance ce projet.

Une facture de 26 milliards d’€

Le tunnel du Saint Gothard, dont les caractéristiques sont proches du Lyon-Turin, a coûté la bagatelle de 10,5 milliards d’Euros pour quelques 20 ans de travaux. Au départ, le projet franco-italien était sacrément optimisé, on parlait de 8,5 milliards d’euros pour des travaux censés durer une dizaine d’années.
Aujourd’hui, la cour des comptes évalue le projet dans son intégralité à 26 milliards d’euros. Et déjà, la fin des travaux n’est plus prévue avant 2030. Sur cette facture, 25% sont à la charge de la France, 35% de l’Italie, le reste est payé par l’Europe.

Le Lyon-Turin est-il vraiment utile ?

Creusé en parallèle du Tunnel du fréjus, cette nouvelle infrastructure serait-elle utile ? Les opposants en doutent. Ils mettent en avant la sous-utilisation actuelle du tunnel du Fréjus. Aujourd’hui, 3,5 millions de tonnes de marchandises transitent chaque année par le Fréjus. Sans compter celles qui passent par le Tunnel routier fraîchement dédoublé pour quelques 2 milliards d’euros.
En comparant avec les tunnels suisses, les détracteurs du projet affirment que le Fréjus aurait une capacité à voir transiter quelques 20 millions de tonnes par an. Le trafic allant en diminuant, ils voient mal comment le futur Lyon-Turin remplira ses wagons.

Pot-pourri des autres faits marquants

Avec quelques 6.800 expropriations, le projet de déclenche pas beaucoup de joie dans la vallée. Et même si les promoteurs du projet se sont engagés à atteindre près de 50% d’emplois pour les habitants de la région, les détracteurs sont nombreux.
Une enquête pour prise illégale d’intérêt à l’encontre du patron du consortium en charge du projet a été ouverte en 2016. Cet homme, Hubert du Mesnil, est également président d’un club de grandes entreprises dont certaines ont obtenu des marchés sur le Lyon-Turin. Classée sans suite.
Des soupçons d’une présence mafieuse sur le chantier. Des dirigeants du projet côté italien impliqués dans une affaire de malversation dans les marchés publics ont du démissionner. Le consortium a mis en place de nouvelles procédures pour mettre sur liste blanche les sous-traitants au dessus de tous soupçons.
Les ouvriers risqueraient de trouver en creusant la montagne : amiante et uranium : rien que çà.
Enfin, certains opposants mettent en avant le trafic de drogues et les réseaux de prostitution censés apporter leurs services aux ouvriers du chantier.

Federica, joli nom du tunnelier utilisé actuellement, avance à une vitesse de 10m par jour. L’appareil s’est arrêté 300m après le début du creusement, en ayant atteint une faille géologique. Plusieurs semaines de travaux de consolidation ont été nécessaires pour que le tunnelier puisse avancer à nouveau. Il ne s’agit là que d’une galerie de reconnaissance de 9km et pas encore du véritable tunnel.
Rendez-vous dans quelques années pour voir si les travaux avancent. D’ici là presque 450 personnes travaillent sur le chantier. A horizon 2020, quand le creusement sera à son maximum, on évoque le nombre de 2.000 ouvriers.

Illustration de Federica by TELT SAS

Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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