Les frères sherpas devenus patrons très controversés !

Aujourd’hui à la tête du principal opérateur d’expédition népalais, ce sont deux hommes forts du pays sherpas. Le plus âgé, Mingma est né en 1978 dans l’Est du Népal, probablement un mardi, vu son prénom (NDLR : la tradition veut que le bébé sherpa soit nommé selon le jour de la semaine : Dawa le lundi, Mingma le mardi, Lhakpa le mercredi… Un même prénom peut donc être féminin ou masculin). Il quitte l’école à 10 ans et passe ensuite le plus clair de son temps dans les alpages à aider ses parents, éleveurs de yaks.

Deuxième d’une fratrie de huit, il quitte ses parents à l’âge de 14 ans pour aller chercher du travail à Katmandou. Il compte bien y gagner de l’argent pour aider le reste de sa famille. Il est très vite embauché comme porteur sur les expéditions commerciales à 8.000m qui en sont alors à leurs balbutiements. A sa majorité, il pose les lourdes charges pour quelques temps et veut aller au sommet. Il en a assez de porter des vivres et du matériels jusqu’aux camps de base, il veut voir la montagne, la vraie.

Un Népalais en quête de sommets

A 17 ans, le voici au sommet du Mera Peak, un sommet assez facile d’accès de la région de l’Everest. L’occasion pour lui d’avoir une vue panoramique sur quelques-uns des 8.000 les plus emblématiques du monde, comme l’Everest ou le Lhotse. Une petite graine est alors en train de germer dans son esprit. Quelques années plus tard, il est au sommet du Manaslu, son premier 8.000. Sans sponsor, qui peut bien s’intéresser aux prouesses himalayennes d’un Sherpa. Quelques mois seulement s’écoulent avant de réussir le Cho Oyu, à l’automne 2000. 11 ans plus tard, sa quête s’achève : il a gravi tous les sommets de plus de 8.000m. C’est le premier Népalais à y parvenir. Mais pas le dernier.

Une affaire de famille

Son frère Chhang Dawa, né quatre ans plus tard (un lundi !), marche dans ses traces. Son premier 8.000, il le gravit avec son grand frère. Et en 2014, il les a tous escaladés. Désormais, un nouveau record est à eux : les deux seuls frères au monde à avoir gravi tous les 8.000 de la planète. Un titre qui leur confère alors une assez grande notoriété dans l’industrie de l’himalayisme. Entre temps, Mingma et ses frères ont décidé de faire de ces montagnes leur gagne pain. Ils créent Seven Summit Treks au milieu des années 2000 se positionnant comme une alternative aux compagnies occidentales qui trustent alors le marché. A cette époque, les opérateurs népalais sont rares.

Une industrie en mutation, des pratiques douteuses

C’est le début de la mutation de cette industrie. Depuis, les agences népalaises représentent la majorité des expéditions sur les sommets du Népal. Mais ce que proposent les frères Sherpas est très nouveau sur le marché. Des prix cassés, pour « permettre au plus grand nombre de gravir » les plus hauts sommets, explique-t-il à Stefan Nestler.

Les concurrents occidentaux rongent leur frein. Une expédition facturée 50 à 75.000 dollars par des Américains ou des Néo-Zélandais, ne coûtera « que » 30 à 38.000 dollars chez les frères Sherpas (tarifs pour l’Everest). Sa compagnie low-cost fait des émules et d’autres voient le jour dans les années qui suivent. Très vite, des voies s’élèvent pour dénoncer des pratiques dangereuses. Sherpas sans expérience supposés accompagner des clients au sommet, économies à tous les étages (y compris sur les bouteilles d’oxygène), histoires de faux permis, soupçons de corruption, mais ce n’est pas le pire. Avec ses gros contingents d’expéditions à remplir, Seven Summit Treks ferait partie des compagnies les moins regardantes sur l’expérience des clients. En 2019, un tiers des alpinistes décédés sur les sommets de l’Himalaya népalais étaient accompagnés par cette agence. Tous les opérateurs népalais n’ont pas un aussi mauvais résultat, les frères Sherpas semblent particulièrement mauvais élèves.

Pourquoi tant de morts ?

Mingma Sherpa s’explique dans UK-Climbing, « tout ce qui se passe en montagne est soudain et dangereux (…) c’est la montagne qui explique ces mauvais chiffres ». La faute à la montagne donc… « Ces problèmes ne peuvent pas être réglés dans le futur. Tout le monde sait que quand il s’agit de montagne, il est toujours question de morts et de sauvetages ». Il entrouvre cependant une porte « les grimpeurs pourraient nous aider en étant formés et expérimentés (…) avant de gravir une montagne ». Un critère de sélection que cet opérateur ne semble pas vouloir s’approprier.

Malgré ces constats, largement partagés, Seven Summit Treks demeure aujourd’hui l’un des acteurs leaders de l’industrie des expéditions commerciales en Himalaya. Au Népal, en Chine ou au Pakistan, leur réseau est puissant et offre même un appui logistique à certains alpinistes professionnels.

Illustration  © SST

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