Été 2008 au K2 : le carnage des chutes de séracs !

Eté 2008, plusieurs expéditions ont pris place au Camp de base du K2. Au pied de la seconde montagne de la planète, c’est la tour de Babel. Des Norvégiens, des Sud-Coréens, des Italiens, Français, Néerlandais… sans oublier de nombreux porteurs pakistanais et sherpas népalais. A cette époque, seuls quelques 280 alpinistes sont parvenus au sommet du K2. C’est un des 8.000 les plus durs, un des plus meurtriers également.

L’été précédent, une trentaine de grimpeurs ont atteint les 8.611 mètres du sommet. Un d’entre eux est mort à la descente, l’Italien Stefano Zavka. Depuis plusieurs semaines, la météo est mauvaise et empêche les prétendants au sommet d’en découdre. Alors que le temps s’écoule, la menace de l’arrivée de la mousson se fait plus marquée.

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Fenêtre météo et imprévus

Le 1er août cependant, une fenêtre météo s’ouvre et les expéditions s’activent. Au départ du camp IV, les porteurs commencent à installer des cordes fixes. Leur manque d’expérience sur le K2 est manifeste, si un porteur connaissant les lieux avait été là (le seul avait dû redescendre, malade), il aurait expliqué où installer les cordes en question. Résultat, à l’arrivée au dernier passage le plus dangereux – le Bottleneck – les cordes viennent à manquer. Elles auraient dû être économisées plus bas, là où elles n’étaient pas indispensables. Cet imprévu menace les délais des ascensions et quelques grimpeurs préfèrent faire demi-tour.

Quand les premiers alpinistes passent enfin le Bottleneck, un d’entre eux perd l’équilibre et chute dans le vide. Le Serbe Dren Mandic sera retrouvé mort une centaine de mètres plus bas. Jehan Baig, un porteur pakistanais venu aider à transporter le cadavre vers le camp le plus proche chute à son tour. Il ne tenait plus l’équilibre, probablement à cause du Mal Aigu des Montagnes. C’est le deuxième mort en quelques minutes seulement. Les autres grimpeurs ne sont pas au courant de ce qui s’est produit, ils avancent doucement vers le sommet.

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Le sommet et le bilan s’alourdit !

Les premiers arrivent en haut vers 15 heures, les derniers vers 20 heures. A la descente, une première chute de sérac balaie un Norvégien. Le corps de Rolf Bae disparaît ainsi sous des tonnes de glace. Ses compagnons de cordées, parmi lesquels sa femme, rejoignent tant bien que mal le Camp IV. Les autres grimpeurs sont coincés au-dessus du passage délicat. Les cordes fixes viennent d’être arrachées par la chute du sérac.

Épuisé, le Français Hugues D’Aubarède fait partie des alpinistes coincés. Il chute dans la nuit alors que d’autres parviennent à rejoindre le Camp IV. De nouvelles avalanches de séracs ont lieu dans les heures qui suivent entraînant probablement l’Irlandais Gerard McDonnell et un porteur pakistanais Karim Meherban. Des secours s’organisent mais les sherpas qui viennent en aide aux Sud-Coréens bloqués sont également balayés par une nième chute de sérac. Deux sherpas et trois Sud-Coréens viennent donc compléter le triste bilan de ces deux jours sur le K2.

Onze victimes en deux jours, c’est l’une des plus terribles catastrophes sur le K2. La zone autour du Bottleneck est connue pour être très exposée aux chutes de séracs. Cette saison 2008, 18 alpinistes sont parvenus au sommet. Seuls 11 d’entre eux sont revenus en vie.

Une victime française

Parmi les malheureux qui sont restés sur la montagne, il y avait un Français. Quelques heures avant de chuter, Hugues d’Aubarède communiquait depuis le sommet avec ses proches : « Il fait -20°C (…) je suis à 8.611 mètres ; j’ai trop froid, je suis trop heureux ! merci ! ». A 61 ans, ce Lyonnais avait affirmé avant de partir pour le Pakistan que c’était sa dernière tentative. C’était son troisième essai sur le second sommet de la planète et même si sa femme et ses filles avaient tenté de l’en dissuader, il était déjà bien décidé à réussir. Il avait déjà à son actif le Nanga Parbat ou le Gasherbrum I, d’autres 8.000 du Pakistan. Il avait également gravi l’Everest en 2004.

Pour en savoir plus sur cette terrible tragédie, il est possible de lire Piégés sur le K2 aux Editions du Mont Blanc ou visionner le film The Summit (bande annonce ci-dessous).

Illustration  © Expedition K2 2008

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