J’ai passé une nuit en refuge alors que je suis associable

Sa première nuit en refuge de montagne ne s’oublie pas. Entre convivialité forcée, promiscuité, bonne ambiance, confort spartiate et odeurs suspectes, le souvenir reste gravé. Rendez-vous est pris dans la vallée de la Maurienne pour une petite randonnée dans les alpages. Destination de cet effort sportif de près de 2 heures : un petit refuge et sa souriante gardienne.

Le monde se divise en deux catégories…

A l’arrivée au refuge, le monde se divise tacitement en deux catégories. Ceux qui utilisent le refuge pour aller plus haut (les grimpeurs, les alpinistes ou les randonneurs chevronnés) et les autres. Les autres, ce sont ceux qui se contenteront d’arriver au refuge et de rentrer chez eux. Dans cette catégorie, quelques-uns poussent l’expérience jusqu’à rester au refuge pour la nuit. Alors même qu’ils auraient eu largement le temps de redescendre et de passer la nuit dans des conditions de confort bien meilleures. Allez comprendre.

La fin d’après-midi se déroule paisiblement, une bière à la main, les tenants de la deuxième catégorie regardent les grimpeurs faire sécher leur matériel, ranger leur corde, dépoussiérer leurs crampons. Les bières mènent jusqu’au dîner servi en petit comité, il n’y a qu’une dizaine de pensionnaires ce soir dans le refuge. Le temps d’enfiler les crocs fournis par la maison et le dîner commence. La soupe vient à point nommé alors que la température extérieure nous rappelle notre situation géographique. Nous ne sommes pas au Lavandou, en plein été, « il va peut-être geler cette nuit » confirme la gardienne. Le repas continue et assis autour d’une grande table, nos compagnons d’infortune ne sentent obliger de nous adresser la parole.

On refait le monde !

On refait le monde, on parle de tout et de rien. Et assez vite on se rend compte que seule demeure la deuxième catégorie. Celle qui ne va pas se lever à 4h du matin pour tenter une périlleuse ascension. Les montagnards du dimanche qui pensent faire la grasse matinée au refuge sont toujours là. La soirée avance et le point d’orgue de ce court séjour approche. Le dortoir.

En entrant dans la pièce, c’est un festival de sons et de senteurs. Grognements, ronflements et sifflements côté musique. Côté « odorama » : on se rappelle soudain que concentrer une dizaine de randonneurs dans une petite pièce est une idée osée… quand personne n’a pris de douche. A la lumière du jour, la pièce paraissait plus spacieuse. Le matelas réservé par le sac à dos semble plus étroit que jamais, enserré entre deux autres matelas, occupés. On se glisse à sa place, il ne fait pas bien chaud alors on se glisse sous une petite couette (qui sera lavée à la fin de la saison, ne nous mentons pas là-dessus).

Les spécialistes des nuits en refuge sont déjà endormis. Certainement grâce à leurs boules Kies. Pour les débutants, c’est plus long. La dureté du lit et l’ambiance sonore affronteront longtemps la lourde fatigue de cette journée sportive. La fatigue gagnera. Toujours. Et on se réveillera 5 fois, 10 fois. Finalement, on est bien contents de se lever !

La récompense

En sortant devant le refuge à cette heure si matinale, le spectacle est grandiose. Lever de soleil sur les montagnes. Loin, très loin de la ville, des stations. La montagne semble nous appartenir. Rien que pour ces quelques minutes égoïstes, ça valait bien le coup de passer la nuit dans ce refuge.

Après un p’tit-dej où ce petit groupe d’Alsaciens rencontré la veille a encore beaucoup de choses à nous dire, on repart. Vers la vallée, la voiture, la salle de bain. Et dans cette foule de vacanciers, enfin, on pourra ne plus parler à personne !

J’ai passé une nuit en refuge alors que je suis associable
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Illustration : le refuge de montagne en photo n’a rien à voir avec la vallée de la Maurienne citée dans ce texte : il s’agit du Refuge du Requin dans le Massif du Mont Blanc.

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