La peur encourage deux himalayistes à faire demi-tour

Ce printemps, l’Allemande Ines Papert et le Slovène Luka Lindic étaient au Tibet pour tenter la face sud du Shishapangma (8.027m). Une face légendaire. Doug Scott et Alex MacIntyre y ouvrirent une voie en 1982, Erhard Loretan, Jean Troillet et Wojciech Krutyka une autre en 1990. En 2004, le Français Jean-Christophe Lafaille passa par cette face pour une première en toute fin d’automne.

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Piégés dans leur tente

Cette saison, ils sont les seuls sur cette face. Toutes les autres expéditions ont choisi le versant Nord-Ouest, considéré comme la voie normale. Pour se préparer, le duo germano-slovène s’attaque au Nyanang Ri, 7.071 mètres. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, ils installent leur tente à 6.300 mètres dans une petite crevasse. Pendant toute la nuit, la neige tombe sans discontinuer. Si bien que vers 5 heures du matin, une avalanche se déclenche.

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Ines et Luka pris au piège. Crédits : Inès Papert

Elle coule doucement vers leur tente ; ils ne s’en aperçoivent que lorsqu’un des pans de leur abri commence à se comprimer. Ils manquent d’être piégés dans leur tente et parviennent à s’extirper in-extremis de ce cercueil de toile. Récupérées au dernier moment par Luka, les deux paires de chaussures sont remises à la hâte et les deux alpinistes se blottissent dans une petite grotte : « pour nous remettre du choc », précise Inès. Tout était enseveli, ils ont du creuser pendant plusieurs heures pour récupérer cordes et piolets sans lesquels toute descente était impossible.

La peur

« Nous avons été choqués pendant plusieurs jours ». Sur le second sommet d’acclimatation, la grimpeuse se sent mal et fait machine arrière. La météo n’aide pas, les fenêtres de beau temps sont courtes. Mais si Ines et Luka finissent par abandonner leur expédition au Shishapangma c’est aussi parce que « la peur suite à notre expérience au Nyanang Ri était encore en nous, imprimée dans nos os ».

Ce n’est pas souvent que des alpinistes de haut niveau font ce genre de confession. Pourtant, il faut parfois savoir renoncer, même quand l’envie d’aller au sommet est forte.

Lire aussi : le compte-rendu de l’expé sur le blog d’Ines Papert (en anglais)

Illustration © Inès Papert

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