21 janvier 1985 : première hivernale au Dhaulagiri

Peu connu du grand public, le Dhaulagiri est tout de même le septième sommet de la planète. Il culmine à 8.167 mètres, au centre du Népal. En 1950, l’expédition française au Népal avait initialement prévu de s’attaquer à ce sommet avant de se reporter sur l’Annapurna. Herzog et ses hommes y avaient passé plusieurs semaines sans parvenir à trouver le bon itinéraire vers le sommet. Leur changement de cible se conclura quelques jours plus tard par la première conquête d’un 8.000 de l’histoire ; la victoire française à l’Annapurna début juin 1950.

Pendant près de 10 ans, les expéditions vont se succéder pour tenter d’arriver au sommet du Dhaulagiri, mais en vain ! Ce n’est qu’en 1960 qu’une expédition suisse parvient enfin à terminer l’ascension. C’est sur cette même voie, l’arête Nord-Est, 25 ans plus tard, que deux Polonais vont réaliser la première hivernale. Non contents d’une première hivernale, Jerzy Kukuczka et Andrzej Czok font leur ascension en style alpin.

Une expédition tempétueuse

C’est Adam Bilczewski qui dirige cette expédition qui échappe au pire dans les premiers jours. Sur la marche d’approche, une chute de séracs manque d’emporter toute l’équipe. Les Polonais y perdent un peu de matériel mais fort heureusement, tous les grimpeurs s’en sortent indemnes. Les vents sont très puissants et le début du moins de janvier 1985 ne permet pas beaucoup de progression. Ce n’est que le 14 janvier que le camp 4 est enfin installé, au-delà de la partie la plus délicate de l’itinéraire. Les tentes sont dressées à 7.400 mètres, assez loin du sommet ! Le lendemain, la cordée de tête, Kukuczka et Czok, atteint le 7.900 mètres mais la météo les bloque. Quelques jours plus tard, ils remontent, au moment où le Camp 3 est balayé par une avalanche. Miroslaw Kuras, qui était arrivé jusqu’au camp 4 avec les deux autres est contraint à faire demi-tour, les mains gelées.

Descentes nocturnes

Le 21 janvier à 6 heures du matin, les deux Polonais lancent leur attaque au sommet. Ils quittent le Camp 4 pour arriver au sommet à 15h30, quelques 9h30 plus tard. La descente se fait dans la pénombre et les deux hommes se perdent. Ils sont contraints à un bivouac improvisé alors que Czok souffre de gelures aux jambes. Le lendemain ils retrouvent le Camp 4. Après un peu de repos, ils se lancent dans la descente vers le camp 2, le troisième n’existant plus. A nouveau dans la pénombre, les deux hommes prennent des chemins différents. Czok arrive rapidement au Camp 2, aidé par Kuras venu à leur rencontre. Kukuczka, lui, est bel et bien perdu. Il doit passer une nouvelle nuit dehors. Il s’en tire et rejoint le Camp 2 aux premières lueurs du jour. Ils ont réalisé la première hivernale du Dhaulagiri, sans oxygène !

Suites et fins tragique pour les 2 vainqueurs du Dhaulagiri

Le 25 janvier, Czok est enfin au camp de base. Kukuczka a changé d’itinéraire, histoire de rejoindre quelques amis pour s’attaquer au Cho Oyu. Le 15 février, il est au sommet du Cho Oyu. La première hivernale a été réalisée 3 jours plus tôt ! Les 4 années suivantes, Jerzy Kukuczka continue de grimper en Himalaya, devenant le deuxième homme à avoir grimpé tous les 8.000 de la planète. En octobre 1989, il chute mortellement en face Sud du Lhotse (Népal).

Andrzej Czok n’a pas eu la même longévité ; il est mort l’hiver suivant d’un œdème pulmonaire sur le Kangchenjunga (Népal). Au même moment, sans se douter de ce qui se passait plus bas sur la montagne, Jerzy Kukuczka était au sommet de cette même montagne, signant la première hivernale aux côtés de Kjzysztof Wielecki.

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Illustration Première hivernale au Dhaulagiri (c) DR

21 janvier 1985 : première hivernale au Dhaulagiri
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