Février 1980 : première ascension hivernale de l’Everest

A une époque où tous les alpinistes étaient convaincus que gravir l’Everest en hiver était impossible, quelques irréductibles pensaient le contraire. Les Polonais. Très vite, la Pologne va faire le choix de cibler les expéditions hivernales et les résultats vont être au rendez-vous. En 1973, Andrzej Zawada dirige une expédition sur le Nowshak. Les 7.492 mètres de ce géant de l’Hindou Kouch ne résistent pas bien longtemps aux assauts hivernaux des hommes de Zawada. C’est alors la première ascension d’un sommet de 7.000 mètres pendant la saison froide. Mais les Polonais n’en sont qu’à l’apéritif, ils se font la main… et se forgent l’intime conviction que les vents violents, les températures polaires et les interminables tempêtes de neige ne sont pas de nature à faire obstacle aux grimpeurs les plus valeureux.

D’abord le Lhotse…

L’année suivante, l’objectif est plus ambitieux. Cap sur le Lhotse et ses 8.516 mètres. Andrzej Zawada and Andrzej Heinrich ne parviennent pas au sommet mais décrochent un nouveau record hivernal avec 8.250 mètres. Quelques années plus tard, alors que les Polonais ne l’espéraient plus, le Népal les autorise à tenter l’ascension de l’Everest. Au cœur de l’automne 1979, quand le permis est accordé, la Pologne est un pays où l’on manque de tout. Comment, dans ces conditions, réunir le matériel, les vivres et l’argent nécessaires à une telle expédition, et en si peu de temps ? Et pourtant, avec l’aide du Comité des Sports Polonais et de généreux donateurs du Club Alpin de Varsovie, quelques semaines suffisent pour envoyer par la voie des airs matériels et grimpeurs jusqu’au Népal.

A cette époque, les Polonais avaient plutôt l’habitude de circuler par la route. De longs convois traversaient l’Asie Centrale pour atteindre l’Himalaya et y apporter des tonnes de matériel. Une approche plus économique que le timing de cette expédition hivernale ne permettait pas.

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Alors que le matériel commence à être acheminé jusqu’au Népal, Zawada constitue son équipe. Parmi les 25 membres de l’équipe, on trouve notamment Leszek Cichy ou encore Krzysztof Wielicki. Mi-décembre, l’équipe est à Katmandou, à attendre une partie de ses bagages et du matériel.

Un début d’ascension sans encombre

A Noël, une partie de l’expédition est déjà à Namche Bazar. Quelques jours plus tard, la première tente est dressée au camp de base de l’Everest. Il ne faut que quelques jours aux premiers grimpeurs pour traverser l’ice-fall (le grand glacier très crevassé qui sépare le camp de base du Camp 1). Le 9 janvier, un second camp est installé à 6.500 mètres.

Le vent commence à se mêler à la partie, ralentissant tout le monde et faisant chuter les températures. Pourtant, le 15 janvier, c’est au tour du Camp 3 d’ouvrir ses portes. A 7.150 mètres sur la face du Lhotse, l’installation des tentes constitue une sérieuse avancée. Mais cette progression rapide ne va bientôt être qu’un lointain souvenir. En l’espace de quelques heures, les vents hivernaux redoublent. Et atteindre le Camp 4 sur le Col Sud à environ 8.000 mètres d’altitude devient hors de portée.

Le Col Sud impossible à atteindre…

Ce n’est que le 11 février que le Col Sud est enfin atteint, près d’un mois plus tard. Les quelques alpinistes qui veulent y passer la nuit, doivent faire face à de terribles conditions, à l’étroit dans une minuscule tente. Fort heureusement, l’utilisation de bouteilles d’oxygène leur permet de se reposer un minimum. Mais leur expérience sonne comme un avertissement, les premiers jours « faciles » sur la montagne ne doivent pas faire oublier que l’Everest peut être redoutable. Et que la très haute montagne en hiver est terriblement dangereuse.

Les occupants du Camp 4 redescendent à la première occasion, et Zawada commence à se demander s’ils pourront aller au sommet avant l’expiration du permis. Les autorités népalaises avaient fixé à mi-février l’obligation pour les alpinistes de faire demi-tour et de commencer à plier bagage. Le camp de base devant être évacué avant la fin du mois. Au dernier moment, elles accordent néanmoins deux jours supplémentaires reportant la date limite au 17 février. Il ne reste donc plus que quelques jours pour réaliser une seule et unique tentative.

L’unique tentative au sommet !

Leszek Cichy et Krzysztof Wielicki se proposent. Même si ce dernier a des gelures aux pieds suite à sa nuit à 8.000 mètres, il est très motivé. Le 16 février, les deux grimpeurs partent du Camp 3 pour le Col Sud qu’ils atteignent en 5 heures seulement. Après une courte nuit où l’oxygène permet un peu de repos, ils partent vers le sommet à 6h30 le 17 février. A 14h25, la radio retentit : « Devinez où nous sommes… ».

Le sommet de l’Everest vient d’être atteint mais l’aventure ne s’arrête pas là. Car un sommet est considéré comme réussi au retour (sain et sauf) dans la vallée. Et Wielicki et Cichy n’ont pas tous les atouts de leur côté. Les gelures du premier se sont aggravées et les bouteilles d’oxygène des deux hommes sont vides depuis leur passage au Sommet Sud. Cichy parvient au Camp 4 et prévient le reste de l’équipe. Wielicki n’est toujours pas là. Pendant une bonne heure, l’attente est intenable. Enfin, il entre dans la tente et c’est le soulagement. Quelques heures plus tard, la descente continue et enfin le 19 février, tout le monde est au camp de base. Sain et sauf.   

Le retour de Wielicki


Krzysztof Wielicki , l’un des vainqueurs de l’Everest en 1980, prendra la tête quelques décennies plus tard d’une expédition polonaise au K2 (2018). Son objectif : réaliser la première hivernale de ce sommet de 8.611 mètres. A ce jour, près de 30 ans après cette ascension de l’Everest, le problème du K2 en hiver n’a toujours pas été résolu.

Lire aussi : Wielicki et Cichy donne leur avis sur l’expédition hivernale au K2 (2019)

Illustration Everest 1980 © Bogdan Jankowski

 

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