K2

K2 en hiver : l’esprit de compétition derrière les beaux discours ?

Les expéditions de cet hiver au K2 sont désormais terminées. Le succès des Népalais mi-janvier n’est pas remis en cause mais est désormais entouré de questions. Si personne ne nie leur réussite au sommet du K2, des témoignages montrent un visage inquiétant de l’esprit de compétition en haute montagne.

Dès le début de la saison, la question de la compétition entre les expéditions était posée. Quatre expéditions différentes et un sommet invaincu en hiver. Même si certains grimpeurs, à commencer par Mingma G. Sherpa affirmait qu’il n’était pas question de compétition. Pourtant au fil des semaines, il semble que ce ne soit pas la concurrence entre les équipes qui l’ait emporté, mais bien la concurrence entre nations. A l’image d’une époque révolue où les expéditions en Himalaya étaient affaires de drapeaux.

Et c’est donc bien les Népalais, capables de s’unir malgré des équipes différentes, qui ont réussi le sommet et non une équipe internationale. Une réussite impressionnante, et des images marquantes, des 10 Népalais unis qui arrivent au sommet en chantant leur hymne national.

« si quelqu’un les suivait, ils couperaient les cordes »

Rentrée en Europe, Magdalena Gorzkowska explique la discrétion des Népalais sur leurs plans d’ascension. Ils « ne voulaient pas partager cette information. Ils ont également dit que si quelqu’un les suivait, ils… couperaient les cordes. Ils voulaient ce sommet pour eux-mêmes. K2 était censé être pour les Népalais. Tout était prévu. Ils ne voulaient pas que d’autres personnes les accompagnent » (lien en polonais).

Compétition au K2 pour la nation népalaise

Dans une interview pour la télévision bulgare, Nims Dai a également expliqué que depuis le départ, il voulait « arriver au sommet avec toute l’équipe, chanter l’hymne national, c’était le plan ». Dans une interview pour TheOutdoorJournal, Mingma Gyalje Sherpa expliquait aussi « depuis le début, je disais que cette expédition était pour la fierté d’une nation, pour la communauté des grimpeurs népalais et pour les futures générations d’alpinistes népalais » (lien en anglais). Il explique avoir monté son équipe avec des gens « qui pensaient comme moi, notre nation en premier ! ». Et en arrivant au sommet « il n’y avait plus d’avidité individuelle, mais seulement une solidarité et une force conjointes de trois équipes népalaises avec une vision commune ».

« Il craignait que les grimpeurs étrangers (…) nous suivent »

Début janvier, une tentative aurait pu avoir lieu mais Mingma G. arrive à faire changer Nims Dai d’idée. Pourquoi un tel empressement ? « Il craignait que les grimpeurs étrangers s’acclimatent et nous suivent jusqu’au sommet. Moi aussi. » raconte Mingma Gyalje dans une interview pour onlinekhabar.com, un portail d’information népalais (lien en anglais).

Bien que l’alpinisme ne soit pas une discipline sportive comme les autres, sans règles gravées et courses instaurées, il n’est pas exempt de compétition. Contrairement à ce qu’on pourrait souvent croire en ne voyant que les exemples d’entraide et de fraternité en haute altitude. Pendant des décennies, les alpinistes du monde entier ont fait la « course » aux sommets. Vouloir arriver en premier, réussir là où les autres échouent, n’est pas un problème. Couper les cordes aux poursuivants en est un. Gageons que cette petite phrase n’était rien d’autre qu’une mauvaise blague.   

Illustrations © M.Ly CC BY-2.0

  

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3 réflexions sur « K2 en hiver : l’esprit de compétition derrière les beaux discours ? »

  1. Est-ce qu’une cordée, en très haute montagne, ne doit pas compter que sur elle-même pour arriver au sommet ?
    Se mettre dans le sillage d’une plus expérimentée pour profiter de la voie tracée et sécurisée ne se fait pas, d’un point de vue sportif, sans accord de la cordée de tête. Cette dernière n’est en effet pas tenue de travailler pour les autres si elles ne le souhaitent pas, d’ailleurs la cordée victorieuse n’étaient composées que de sherpas, des professionnels de l’Himalaya, dont les services se payent. Qu’ils y soient allés seuls pour inscrire la première hivernal du K2 au palmarès de leur pays ne me choque pas. Ce n’est pas comme s’ils avaient refusé assistance à une équipe en danger, ou qu’ils l’avaient privée de retraite. Chacun sa route.

    1. Tout à fait d’accord
      Ce n’est pas comme Whymper
      Qui, premier au Cervin, faisait tomber des pierres sur Jean Antoine Carrel qui arrivait en second….
      Marie-Hélène

  2. Compétition… La France était fière de la réussite du premier huit mille, la Grande Bretagne se rengorge de la première de l’Everest, les nationalismes se sont toujours flattés des victoires en himalayisme. Même si celui ci n’est pas un sport olympique, nos petits drapeaux, nos hymnes nationaux frissonnent toujours aux victoires des leurs. La montagne devrait rester au dessus de toutes ces considérations, dans tous les sens du terme « dessus ». Patrick

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