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Cet hôtel perdu au milieu des glaciers a plus de 100 ans !

Le plus simple est d’arriver par le Canada. L’aéroport de Calgary n’est qu’à quelques heures de route. En arrivant dans les plaines de l’Alberta, il faut donc mettre cap au Sud. Délaisser les prospecteurs de pétrole et de gaz bitumeux pour atteindre la frontière avec les Etats-Unis. Le poste frontière de Piegan n’est pas très fréquenté, perdu au milieu de nulle part. Les premiers sommets du Montana sont visibles à l’horizon. Il ne reste alors plus qu’une vingtaine de minutes via la Route 89 pour entrer dans le Parc National des Glaciers. Plusieurs de ces paysages grandioses ont servi de lieux de tournage pour des films hollywoodiens. Le parc était là bien avant l’industrie du cinéma. Créé en 1910, il est frontalier du parc canadien des Lacs Waterton, avec lequel il forme un ensemble classé à l’UNESCO depuis 1995. Un parc international connu pour sa biodiversité.

En s’enfonçant dans le Parc, côté américain, on longe le Lac Sherburne. Ce lac artificiel est né dans les années 1910 suite à la construction d’un barrage. Ce réservoir d’eau participe notamment au système d’irrigation des fermes du Nord du Montana. On entre alors dans la zone du parc baptisée « Many Glacier » pour ses « nombreux glaciers ». Avant de partir à leur recherche (ils ne sont plus si nombreux) sur quelques-uns des sentiers de randonnées qui parcourent le parc, on arrive au Lac Swiftcurrent. Autour : d’imposantes montagnes et de vertes forêts. Une carte postale. Sur la rive est, notre destination : le Many Glacier Hotel. Un ensemble de bâtiments bardés de bois sombre. La forme des toits, les balcons en bois. Tout ici rappelle la Suisse. Et ce n’est pas un hasard.

Many Glacier hotel de nos jours
Le Many Glacier Hotel de nos jours.

Plus d’un siècle d’anecdotes…

Cet immeuble au charme désormais suranné a toute une histoire. Sa construction dura près d’un an de 1914 à 1915, avec une scierie construite sur place pour fournir la matière première. Le chantier était financé par une compagnie de chemin de fer – la Great Northern Railway – qui voulait développer le parc comme destination touristique. A cette époque, on attirait les visiteurs en vantant les « Alpes américaines ». L’architecture suisse était donc une évidence. Louis W. Hill, à l’origine du projet, était un homme aux goûts assez éclectique. Résultat, derrière cette bâtisse suisse, on trouve de drôles de choses. Les lanternes orientales suspendues dans le grand hall, baptisé depuis Hall St Moritz. Et de nombreux éléments rappellent le passé amérindien de l’ouest américain. Jusqu’aux années 1940, les serveuses portaient même une tenue traditionnelle suisse avec jupes colorées et corsages lacés.

Un hôtel autosuffisant !

Dès sa construction, le Many Glacier est autosuffisant – ou presque. Une petite centrale hydroélectrique est installée sur les chutes Swiftcurrent, à quelques centaines de mètres de l’hôtel. L’électricité produite suffit à alimenter toute la vallée. A l’époque où les frigos ne sont pas encore une réalité, l’hôtel innove pour stocker ses aliments frais. Des blocs de glace sont découpés à la surface du lac gelé à la fin de l’hiver et entreposées dans des glacières. Tout l’été, on pouvait compter sur la glace du lac. Au démarrage, une piscine avait été installée dans l’hôtel. L’eau du lac utilisée pour l’alimenter devenait vaseuse en stagnant et les touristes finirent par délaisser ce bassin aux couleurs douteuses. La piscine ne tarda pas à être comblée. De toute façon, sa décoration en bois s’abîmait beaucoup trop vite.

Lac Swiftcurrent
Le Many Glacier Hotel au bord du Lac Swiftcurrent

A la veille de la guerre, un incendie se déclara au Many Glacier Hotel mais les employés parvinrent à le stopper. Quand le directeur de l’hôtel envoya un télégramme à la Great Northern Railway confirmant avoir éteint l’incendie. La réponse reçu entra dans les annales : « Pourquoi ? ». La direction de la Great Northern Railway en était presque déçue. Il faut dire que cet établissement n’était vraiment pas profitable…

Un milliardaire bien pingre

L’histoire raconte la visite du célèbre milliardaire John D. Rockefeller. Il réserva presque toute une aile de l’hôtel. Quand il constata que plusieurs chambres se partageaient une salle de bain (une pour deux), il fut choqué et demanda une ristourne au patron. Ce dernier n’était pas homme à se laisser impressionner. Il refusa fermement la demande du milliardaire et puissant Rockefeller. Ce dernier, qui ne comptait pas dilapider ses dollars pour un tel confort repartit mais n’en resta pas là. Il s’adressa au Directeur Général de la Great Northern Railway. Ce dernier avait plus à perdre à contrarier Rockefeller et lui accorda le rabais demandé. Des salles de bain individuelles ont été installées après guerre.

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Un ours dans la cuisine

Dans les premières années d’exploitation, des restes de bacons furent stockés pour l’hiver dans une des cuisines de l’hôtel. Ce dernier était désert. Seul le gardien était là pour la saison creuse. Affamé et attiré par les effluves de bacon, un ours noir se faufila dans la cuisine. Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, il fit pas mal de dégâts pour atteindre sa cible : la nourriture. Rassasié, il chercha à s’échapper et tomba nez à nez avec Cyril McGillis, le gardien.

Ce dernier le mit en joue et appuya sur la gâchette de son fusil. L’ours fut tué sur le coup. Mais l’histoire ne s’arrêta pas là. Au lieu de se faire discret sur cet événement, le gardien en parla autour de lui et des journalistes firent un reportage sur l’incident, photo de la peau d’ours à l’appui. Le Parc National s’émut de la mise à mort d’animaux dans son enceinte et la Great Northern Railway fut forcée de licencier le gardien.

many glacier hotel en hiver
L’hôtel en hiver.

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Après guerre

Après quelques années de pause pendant la seconde guerre mondiale et des travaux de rénovation, le Many Glacier Hotel continua sa carrière. Pendant près de 20 ans, on y jouait tous les étés des comédies musicales de Broadway. Les animations nombreuses et originales contribuaient à attirer les clients. Notamment la célèbre soirée de Noël célébrée chaque année le 25 juillet. Le 25 décembre, seul le gardien pouvait faire la fête. Car l’hôtel fermait en hiver, les congères autour du bâtiment pouvant atteindre 6 ou 7 mètres de haut. La route d’accès était souvent coupée et il était impossible voire dangereux de s’aventurer dans les montagnes alentours.  

Aujourd’hui les chambres sont un peu défraîchies mais l’hôtel a toujours fière allure. Il est toujours ouvert de juin à septembre et a subi quelques rénovations en 2016. On peut séjourner dans l’une des 214 chambres. Les moins coûteuses sont à 241 dollars la nuit (environ 190 Euros). Prix de la suite avec vue sur le lac : 519 dollars (environ 460 Euros).

Montagnes du Montana
Les montagnes majestueuses autour du Many Glacier Hotel

Illustration ©  Glacier NPS | Robert Alescio CC BY-SA 3.0

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Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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