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1767 : quand les Anglais partent en expédition à… Chamonix !

Extrait de The Alpine Journal, publié en mai 1953 sous le titre « William Benson Earle’s visit to Chamonix in 1767 ». La plume est tenue par R.G. de Beer qui reproduit le texte écrit par William Benson Earle lui-même. Il rappelle en introduction que les Anglais sont venus pour la première fois à Chamonix en 1741, et que l’on sait également que John Moore y a passé du temps en 1773. Entre les deux, la vallée de l’Arve « ne manquait pas d’Anglais c’est certain ». Il explique que « tous les Anglais de passage à Genève avaient fait un détour par Chamonix ».

Après un hiver à Rome et un printemps à Naples, William Benson Earle continua son tour d’Europe via Genève à destination de Chamounis. Une véritable expédition pour l’époque.

Ce dernier écrit : « Nos mules et guides étaient prêts et nous partîmes le 20 juillet 1767 de Genève. Notre première étape nous mena à Bonneville, à travers une campagne plaisante, avec la rivière Arve à nos côtés durant tout le trajet. De-là, les montagnes commencèrent à se rapprocher, formant après la petite ville de Clausa [NDLR : Cluses] un col étroit qui semblait interdire toute progression au voyageur curieux. Tout l’espace de cette vallée profonde était occupé sur plusieurs kilomètres par la route et la rivière.

Une auberge des plus exécrables nous reçut

Le paysage rocheux s’étendait de chaque côté, jusqu’à nous amener dans un grand espace ovale, entouré de champs de maïs, de pâturages et de toutes sortes de verdure. Au cœur de cette espace, se dressait la ville de Salanche [NDLR : Sallanches], où nous nous arrêtâmes pour la première nuit. Une nuit, à bien des égards, difficile à oublier. Une auberge des plus exécrables nous reçut, en effet, couvrant tout juste nos têtes de l’orage qui s’était préparé toute la soirée. A minuit, ce dernier éclata, nous plongeant avec horreur dans l’obscurité. Un moment terrible, au-delà de l’imagination, (…)

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Nous espérâmes atteindre Chamounis [NDLR : Chamonix] le lendemain soir. C’est à proximité de ce village que se trouvent les principaux  glaciers. (…)

En l’espace de trois heures, notre chemin sinueux et fastidieux nous conduit jusqu’au sommet de la Montagne de Passy. Ici, nous fûmes obligés de traverser plusieurs torrents, se précipitant du sommet des montagnes couvertes de neige – qui commençait à fondre à cette saison et occasionnait un déluge d’eau, qui précipitamment, et presque perpendiculairement, tombait à notre droite, pour rejoindre l’Arve en contrebas.

Les cieux à nouveau menaçants

Nous fîmes une pause un instant, afin de contempler la scène autour de nous. Enchantement et féerie. Des montagnes empilées les unes au-dessus des autres, et garnies de sapins presque jusqu’au sommet, semblaient toucher le ciel, et délimitaient le vaste amphithéâtre devant nous. Mais les cieux semblaient à nouveau menaçants, et nous fûmes heureux de hâter notre descente dans la vallée voisine, et de chercher refuge au détour d’un bois épais, dans un petit hameau isolé. Nous aurions pu penser en être les premiers découvreurs, tant il semblait coupé de toute interaction avec le reste de l’humanité.  

Nous trouvâmes malgré tout quelques représentants de notre espèce. Au premier abord, ils ne promettaient pas de nous divertir ni de nous offrir leur hospitalité. Pourtant, nous en fîmes finalement l’expérience dans leurs lits en bois, alors qu’ils s’allongeaient par terre et nous offraient leurs services.(…)

Ces paysans savoyards, aussi prolifiques que leurs chèvres

Que ce soit le régime laitier de ces régions alpines, ou la pureté de l’air avec lequel on respirait constamment qui en fut la cause, je ne sais. Mais c’est certain, ces paysans savoyards des deux sexes étaient une race de gens sains, robustes et aussi beaux qu’on pouvait le constater. Et, entre nous, ils semblaient aussi prolifiques que les chèvres de leur troupeau. (…)

Nous fûmes assurés le lendemain matin que les 18 kilomètres jusqu’à Chamounis étaient – est-ce vraiment possible – plus abrupts et accidentés que ce que nous avions parcouru jusqu’alors (…) »

Lire l’intégralité de ce récit de voyage de 1767 (en anglais)

Illustration Souvenirs de Chamouni, vers 1840 © Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel

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Adélie F.

Libraire, Adélie partage avec vous sa passion pour les livres. La littérature de montagne est un vaste domaine qu'elle essaie de vous faire partager. Entre les montagnards et autres alpinistes qui s'essaient à l'écriture et les grands écrivains qui s'essaient à la montagne, les lectures ne manquent pas ! Elle chronique également des films, expos... Pour la contacter directement : adelie@altitude.news !

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