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Mars 1961 : première hivernale en Face Nord de l’Eiger

Lundi 6 mars 1961, quatre hommes sont au Stollenloch, sur la partie inférieure de l’Eiger. Voici près d’une semaine qu’ils y patientent, attendant le beau temps. Jusque là, personne n’a jamais eu l’audace de s’attaquer à ce géant des Alpes, par sa paroi la plus mythique, en hiver. Car il s’agit bien de la face nord, qui compte près de 1.600 mètres de dénivelés du pied de la paroi au sommet (3.970m). Toni Hiebeler, 31 ans, est rédacteur à Munich. A ses côtés : Anton Kinshofer, 27 ans, est menuisier non loin de là. Le troisième Allemand est Andreas Mannhardt, ouvrier dans une scierie. C’est le plus jeune du groupe, 22 ans seulement. Le trio germanique est complété par un Autrichien : Walter Almberger, 28 ans.  Les 4 hommes comptent entrer dans l’histoire de l’Ogre bernois en réalisant la première ascension hivernale, un peu plus de 20 ans après la première estivale signée par Anderl Heckmair et ses comparses.

Doucement mais sûrement !

Ce matin du 6 mars, ils attaquent donc la partie la plus raide de la paroi ; la montée jusqu’au Stollenloch avait été une partie de plaisir… Ils progressent doucement mais sûrement. Après les deux premiers bivouacs dans la paroi, ils franchissent la fameuse Traversée Hinterstoisser. Ils se vantèrent par la suite d’avoir réussi ce passage en 1h30, l’équivalent – disait-il – de ce qui se pratique en été ! Le mercredi soir, ils bivouaquent non loin du fameux Bivouac de la mort, celui-là même où deux Allemands étaient morts de froid à l’été 1935.

Les journées s’enchaînent et la progression est bonne. Il faut dire que le temps est clément (même si les températures chutent la nuit venue vers les -20°C) et que les quatre grimpeurs sont très bien entrainés. Lorsqu’ils bivouaquent le samedi soir, la fatigue commence à se faire sentir, mais ils ont franchi les plus grandes difficultés. A commencer par l’Araignée, ce névé en forme d’entonnoir qui peut – à certaines heures de la journée – se transformer en haut lieu des chutes de pierres.

Lire aussi : Marcher au pied de la Face Nord de l’Eiger !

Une ascension d’une semaine !

De fait, le dimanche vers 10h45, ils arrivent au sommet ; photographiés par des avions de passage ! Sept jours de grimpe pour cette première hivernale à comparer aux 3 jours mis par Heckmair en 1938 lors de la première estivale. La glace et la neige présentes sur la paroi ont considérablement ralenti les alpinistes. En 2008, le Suisse Ueli Steck s’attaquait à cette fameuse face nord en hiver. Résultat : 2 heures et 48 minutes.   
Les alpinistes de l’Eiger continueront leur carrière en montagne. Le nom de l’un d’eux est connu des prétendants au Nanga Parbat, le 8.000 du Karakoram. En effet, la voie qu’il utilisa en 1962 pour réaliser la seconde ascension de cette montagne (depuis celle d’Hermann Buhl) porte aujourd’hui son nom : voie Kinshofer.

Une idée de l’ambiance, avec ces images d’archives de la SRF. Elles sont en allemand mais les images parlent d’elles-mêmes. Avec les dizaines de touristes et skieurs qui observent l’ascension à la jumelle…

Illustration Face Nord Eiger © Terra3

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Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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