Masherbrum Karakoram

Il y a 40 ans, une Française tentait l’ascension du Masherbrum en style alpin !

Eté 1980, David Belden et Christine de Colombel arrivent au Pakistan. Objectif de leur voyage, un sommet de 7.821 mètres qui surplombe la vallée du Baltoro. Appelée K1 par les cartographes de l’Empire britannique, cette montagne n’est autre que le Masherbrum. A cette époque, les expéditions ne sont pas fréquentes comme aujourd’hui. Dans cette région qui voit désormais défiler trekkeurs au long cours et alpinistes ciblant les voisins du Masherbrum, ceux qui dépassent les 8.000 mètres. Le duo souhaite s’attaquer à l’arrête ouest du Masherbrum, en style alpin. A l’inverse de la plupart des expéditions menées dans le Karakoram, ils veulent donc se passer de porteurs d’altitude, de camps fixes, et évidemment d’oxygène. Le 16 juin, après cinq jours d’approche, ils arrivent au camp de base. 4.300 mètres d’altitude. Une semaine se passe en reconnaissance sur la zone ouest du glacier du Masherbrum. Assez vite, cet itinéraire se révèle trop risqué. Colombel et Belden se rabattent alors sur la voie américaine. La face Sud-Est. Celle empruntée victorieusement vingt ans plus tôt par William Unsoeld et George Bell. C’était alors la première ascension de ce colosse du Karakoram.

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Les avalanches entrent en scène !

Le duo Colombel/Belden abandonne alors la tentative d’ouverture d’une nouvelle voie. Mais pas l’idée du sommet en style alpin pour autant. Début juillet, ils parviennent à 6.200 mètres mais font régulièrement face à du très mauvais temps. « La pire saison en 25 ans » racontera Belden à son retour. L’été avait pourtant bien commencé. Juin avait offert un temps très agréable, dans la lignée d’un mois de mai splendide. Mais juillet n’a rien à voir… Après un aller-retour à Hushe pour faire le plein de provisions, les revoilà sur le Masherbrum. Ce coup-ci, c’est pour se lancer vers le sommet. Première tentative autour du 20 juillet. Ils font demi-tour à 6.600 mètres, stoppés par la météo. Ils attendent début août pour se lancer dans leur second essai. Après avoir dormi à 7.000 mètres, ils avancent péniblement jusqu’à 7.200 mètres. La neige s’en mêle le 8 août, déclenchant des avalanches. L’une d’entre elles entrainent la tente du duo sur plusieurs mètres. Le résultat aurait pu être dramatique mais les alpinistes s’en sortent vivants. Néamoins, Christine de Colombel est sérieusement blessée aux cotes. Trois jours vont alors être nécessaires pour regagner le camp de base dans des conditions délicates.

Son Voyage au bout du vide…

Colombel a raconté cette expédition et le calvaire de cette retraite dans Voyage au bout du vide, une cordée alpine au Masherbrum. Il n’est plus édité mais on peut le trouver en occasion en librairies ou en ligne. En 1981, Pierre Minvielle écrit dans La Montagne et Alpinisme à propos de cet ouvrage : « En réalité, toute cette entreprise limite, où l’on se tient longtemps aux portes de la solitude et de l’insécurité, aboutit à déstabiliser les structures profondes du cerveau. C’est cela la conclusion secrète de Christine de Colombel, cela le véritable “voyage au bout du vide” ». Colombel fait partie deux ans plus tard de l’expédition féminine au K2 organisée par Wanda Rutkiewicz. Une aventure à 8.000 mètres qui se solde alors par la mort d’une des alpinistes.

Comparativement aux 8.000 voisins, le Masherbrum est encore aujourd’hui très peu fréquenté.

Illustration Vue du Masherbrum depuis Hushe © Zafaryabb CC BY-SA 4.0

Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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