Vincendon Henry

Top 5 des sauvetages extrêmes de l’histoire de l’alpinisme

L’histoire de l’alpinisme est ponctuée de nombreuses tragédies ayant nécessité des sauvetages, parfois très extrêmes. S’ils n’ont pas toujours eu l’effet escompté, ils sont entrés – eux aussi – dans l’histoire de la discipline. En voici quelques-uns, une sélection arbitraire mais spectaculaire !

1- Hiver 1956-57 : Vincendon-Henry au Mont-Blanc

Fin décembre 1956, deux étudiants se lancent dans l’ascension du Mont-Blanc par l’Eperon de la Brenva. Ils sont vite en difficulté et les conditions météorologiques transforment vite cette sortie en montagne en un véritable drame à portée de jumelles de Chamonix. Après plusieurs jours sans nouvelles des deux alpinistes, l’alerte est donnée. Un premier hélicoptère, un Sikorsky S-55, décolle pour un repérage mais se révèle incapable de trouver les deux disparus. Le lendemain, un vol de reconnaissance est plus chanceux et permet de larguer des couvertures et des vivres. Plusieurs jours passent sans que les hélicoptères ne puissent apporter une grande aide, la météo s’étant compliquée. Une caravane pédestre se met en route pour aller rejoindre les deux hommes immobilisés en pleine montagne, à près de 4.000 mètres d’altitude. Lionel Terray dirige ce groupe de secouristes. Pendant ce temps, une nouvelle tentative héliportée démarre.

Le 31 décembre, l’histoire prend une tournure vraiment catastrophique puisque l’hélicoptère s’écrase en voulant approcher les deux alpinistes. Pilotes et sauveteurs sont indemnes mais la machine est fichue. La priorité du secours est alors de tirer de là les pilotes. Vincendon et Henry, les deux alpinistes, sont alors placés dans la carcasse de l’appareil. Ils sont toujours en vie mais dans un sale état, le froid les a progressivement paralysés. Plusieurs jours de mauvais temps suivent pendant lesquels la carcasse est inaccessible et les pilotes bloqués dans une cabane sommaire un peu plus haut. Deux hélicoptères parviennent à récupérer les pilotes le 3 janvier et le secours prend fin.

Les corps de Vincendon et Henry seront finalement récupérés trois mois plus tard, vers la fin du mois de mars. Cette tragédie, qui a marqué les esprits, a mis en évidence le manque d’organisation des secours en montagne. C’est par la suite que le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne a vu le jour.

2- 2018 – Mackiewicz et Revol au Nanga Parbat

Dans l’immensité perdue des plus hautes montagnes de la planète, il est souvent bien improbable d’espérer un quelconque secours. Pourtant, cet hiver 2018, un duo d’himalayistes est en difficulté à près de 8.000 mètres d’altitude sur le célèbre Nanga Parbat. Célèbre pour sa dangerosité. Mackiewicz est malade, il n’arrive plus à avancer. La Française Elisabeth Revol doit prendre le sens de la descente mais en ayant attendu aux côtés de son camarade, elle a aussi perdu beaucoup d’énergie, elle ne sait pas si elle parviendra à descendre seule.

Dans le même temps, des alpinistes chevronnés mènent une expédition sur le K2, quelques centaines de kilomètres plus au nord. Quatre d’entre eux ont alors recours à des hélicoptères militaires pakistanais pour rejoindre le Nanga Parbat. Une fois déposé à près de 5.000 mètres, ils vont grimper sans relâche pour tenter de rejoindre Revol qui essaie tant bien que mal de descendre. Les deux hommes de tête, Denis Urubko et Adam Bielecki vont réaliser un véritable exploit en engloutissant un dénivelé extraordinaire malgré la nuit. C’est la nuit qu’ils vont rejoindre la Française et continuer à l’aider à descendre.

Les conditions sont à la dégradation, doivent-ils continuer pour sauver Mackiewicz ? la question se posent mais la priorité est de sauver celle qui peut encore l’être. Quand Revol parvient en sécurité au pied de la montagne, victime de gelures, il est trop tard pour remonter. L’état de Mackiewicz a dû empirer et le risque que les sauveteurs soient bloqués là-haut par le mauvais temps est trop important. Du reste, même par beau temps, seraient-ils en mesure de l’aider à descendre ? Probablement pas. En lire plus sur ce sauvetage au Nanga Parbat.

3- 1957 – Corti et Longhi à l’Eiger

Deux italiens se lancent dans la conquête de la face nord de l’Eiger, ce fameux sommet suisse. Ils ne sont pas seuls sur la voie : deux Allemands sont là aussi. Observable à la jumelle depuis les terrasses au pied de la paroi, les cordées semblent progresser avec difficulté et ce qui devait arriver arrive. Au bout de quelques jours, la tempête se lève. Les guides suisses laissent une opération de secours s’organiser sans eux. Elle inclut notamment Lionel Terray (encore lui) ou Louis Lachenal. Très vite, ils retrouvent Claudio Corti, seul.

Le corps de Longhi sera récupéré l’année suivante et ceux des Allemands cinq ans plus tard. Quelques jours plus tôt, Longhi avait dévissé. Sa chute amortie par ses camarades, incapables de le remonter. Les Allemands et Corti continuent leur ascension en quête d’aide pour le blessé puis c’est au tour de Corti d’être victime… d’une chute de pierres. Puis les Allemands se tuent à la descente.

Lire l’article de l’époque dans les archives du journal Le Monde

Pour récupérer Corti, un câble d’acier est déroulé depuis le sommet de l’Eiger, un secouriste descend jusqu’à l’Italien avant de l’harnacher pour le remonter à la force d’une poulie. La météo empêche de récupérer Longhi dans la foulée, il parvient à indiquer aux sauveteurs qu’il a faim et froid mais ils ne peuvent l’atteindre. Cette nuit en face nord de l’Eiger est sa dernière nuit.  C’est le premier sauvetage en face nord de l’Eiger digne de ce nom, mais seul Corti s’en sort vivant.    

4- 1996 – la Catastrophe à l’Everest

Durant ce printemps 1996, la mortalité sur le toit du monde va faire un bon effrayant. En une seule saison, le nombre de victimes est impensable pour l’époque : 8 morts en quelques jours. Parmi eux, des guides réputés. Les expéditions commerciales connaissent un essor incroyable à cette époque. Plusieurs centaines d’alpinistes (de clients) se rassemblent de part et d’autre de l’Everest mais les 10 et 11 mai, une tempête balaye la montagne et plusieurs alpinistes se trouvent bloqués à haute altitude. Deux guides sont parmi les premières victimes. Dès lors, leurs clients sont livrés à eux-mêmes, incapables de faire face à cette dégradation inattendue de la météo.

C’est là qu’un alpiniste kazakh va entrer en scène, c’est Anatoli Boukreev, de loin un des hommes les plus expérimentés ce jour-là sur l’Everest. Il grimpe sans oxygène et redescend quand la tempête survient. A plusieurs reprises, comprenant que des clients sont en perdition, il va remonter vers le sommet pour aider des alpinistes à descendre. Dans cette histoire « Trois personnes au moins lui devaient la vie » décrit Charlie Buffet dans Libération à la mort de Boukreev quelques années plus tard. C’est ainsi qu’il sauva Tim Madsen, Charlotte Fox et Sandy Hill Pittman, tous trois perdus en quête du Camp 4, à presque 8.000 mètres d’altitude. Tous n’eurent pas la chance d’être sauvés par Boukreev, comme Beck Weathers. Et l’attitude de Boukreev lors de cette expédition sera longtemps montrée du doigt (voir l’article de Libé plus haut pour mieux comprendre).

5- 2010 – Un premier record d’altitude, à presque 7.000 mètres

Il existe plusieurs exemples de l’utilisation de l’hélicoptère à des très hautes altitudes dans le cadre de sauvetages. Le record en la matière revient à un pilote italien ayant pu atteindre les 7.800 mètres en 2013.

En avril 2010, la scène se déroule un peu plus bas, à presque 7.000 mètres tout de même. Trois alpinistes bloqués, ils ne parviennent plus à descendre par eux-mêmes. Un d’eux était épuisé à la descente, un autre disait souffrir d’ophtalmie des neiges (cécité temporaire) et de gelures. Une équipe décolle alors de Katmandou, elle est composée d’un pilote et d’un guide suisses. Ces deux grimpeurs espagnols et un roumain doivent être repérés au plus vite.

Ils sont finalement repérés à 6.950 mètres. Un quatrième grimpeur est plus haut, mais il est déjà trop tard. Au camp 4 où sont bloqués les 3 autres, il y a encore une chance de redescendre les grimpeurs en vie. « Jusque-là, on considérait un sauvetage en hélicoptère à ces altitudes comme impossible » expliquera le pilote par la suite. Car il va parvenir avec son secouriste au bout de son câble, à redescendre les alpinistes en perdition, un par un. Impossible pour l’hélicoptère de supporter le poids de plusieurs blessés, à cette altitude, la puissance maximale atteinte, les capacités de la machine sont très réduites.  

Illustrations © AntonyB CC BY-SA 3.0

  

Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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