Octobre 1989, la légende Jerzy Kukuczka chute fatalement

C’était il y a 30 ans. Récemment auréolé par sa réussite sur les 14 sommets de plus de 8.000 mètres, le Polonais Jerzy Kukuczka vient d’entrer par la grande porte au panthéon des himalayistes. Il suit de près Reinhold Messner, l’Italien qui a achevé ce challenge quelques mois plus tôt. Mais là où Messner a mis près de 16 ans, Kukuczka a divisé le chrono par deux. Huit années seulement lui ont été nécessaires pour gravir tous ces sommets et il l’a fait de fort belle manière. Sur la plupart de ces montagnes, le Polonais a grimpé par de nouvelles voies ou des variantes ; certaines ont même été gravies en hiver comme le Dhaulagiri ou l’Annapurna. Malgré son incroyable vélocité, Messner reste devant. Cette « rivalité » aura certainement contribué à la motivation de Kukuczka mais l’aura également poussé vers sa dernière expédition.

Messner – Kukuczka : une compétition fatale

Au printemps 1989, Reinhold Messner tente l’ascension de la Face Sud du Lhotse, quatrième sommet de la planète. Son expédition internationale souffre du mauvais temps et la saison se termine sans avoir pu gravir cette fameuse paroi. Il avait pourtant réuni autour de lui des pointures du genre : Wielecki, Profit… mais son groupe quitte le Népal bredouille. Il n’en faut pas plus pour finir de décider Jerzy Kukuczka à monter sa propre expédition l’automne de la même année. Personne n’a alors gravi la Face Sud du Lhotse. Messner a renoncé. Il peut y arriver.

C’est donc durant l’automne 1989 que Kukuczka s’installe au camp de base du Lhotse. L’expédition est plus légère que celle de Messner, moyens obligent mais Jurek – c’est son surnom – est sur-motivé.  D’autant que le Lhotse a une saveur particulière, c’est son premier 8.000. En 1979, il grimpe cette montagne par la voie normale, sans oxygène. Ironie de l’histoire, en redescendant vers la civilisation, il croise Reinhold Messner à Namche Bazar. Dix ans plus tard, le voici de retour sur ce Lhotse, là où tout à commencé. Mais cette fois-ci, ce n’est plus la voie normale mais la terrible face sud.

Voir aussi : Hilaree Nelson qui skie les pentes raides du Lhotse !

Une histoire de corde…

La légende raconte qu’avec son petit budget, Jurek aurait acheté une corde d’occasion dans une boutique de Katmandou. Son compagnon de cordée, Ryszard Pawłowski, aurait expliqué que la corde principale ayant été bloquée, ils avaient été contraints d’utiliser cette corde d’occasion, trop fragile pour résister à un choc violent. Alors quand Kukuczka, en tête à plus de 8.200 mètres d’altitude, perd pied : la corde ne résiste pas. Le Polonais est précipité plusieurs milliers de mètres plus bas. Son compatriote est miraculeusement épargné et parvient à redescendre. Cette histoire de corde bon marché n’est peut-être pas la vérité (elle a été démentie plus tard), mais elle colle bien au personnage et à ses expéditions « avec les moyens du bord ». Une chose est sûre, ce 24 octobre 1989, Jurek tombe dans le vide depuis une altitude approximative, entre 8.200 et 8.380 mètres. La raide paroi sud du Lhotse n’est pas un endroit où l’on chute sans conséquence. Plusieurs milliers de mètres plus bas, le corps disloqué de Jerzy Kukuczka git sur le glacier. Il a 41 ans.

Il a été enterré sur place, au pied de cette majestueuse montagne. Quelque mois plus tard, une expédition russe parviendra à gravir cette face Sud du Lhotse pour la première fois. Le nom de Jerzy Kukuczka restera gravé dans l’histoire de l’alpinisme, comme celui d’une légende.

Illustration © Andrzej Heinrich

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