Vincendon Henry

Hiver 1956-57 : le sauvetage de deux jeunes dans le massif du mont Blanc tourne mal

Un des sauvetages les plus mémorables de l’histoire de l’alpinisme, qui contribua à la création du secours en montagne. Découvrez l’aventure de Vincendon et Henry sur le mont Blanc.

A trois jours de Noël, deux jeunes grimpeurs se lancent dans une ascension du Mont Blanc. Itinéraire choisi : l’éperon de la Brenva, sur le versant italien. Ce parcours, nettement plus difficile que la voie normale, est régulièrement emprunté mais sa fréquentation en hiver est très rare. Pourtant, en ce mois de décembre 1956, ils ne sont pas les premiers. Quelques jours plus tôt, un certain Claude Dufourmantelle réalisait la deuxième ascension hivernale du Mont Blanc par la Brenva.

La course à la Brenva

Ces deux jeunes alpinistes, aiguillonnés par la réussite de Dufourmantelle, prennent le téléphérique de l’Aiguille du Midi au matin du samedi 22 décembre, bien décidés à en découdre. Leurs noms ? Jean Vincendon et François Henry. Le premier, français, prépare le concours de guide, le second est un grimpeur belge. Assez peu expérimenté. Après une première nuit en refuge, quelques nuages lointains les encouragent à redescendre à Chamonix. Mais en chemin, ils croisent une autre cordée : Silvano Gheser et Walter Bonatti. Le guide italien a déjà ouvert le Pilier Bonatti aux Drus et a failli laisser sa vie au K2 quelques années plus tôt. Il est déjà une légende et cette rencontre au sommet va remotiver Vincendon et Henry. Ils passent finalement le réveillon de Noël tous ensemble dans le petit bivouac de la Fourche, à 3.700 mètres d’altitude.

Le lendemain, ils traversent ensemble le Glacier de la Brenva jusqu’au Col Moore où ils se séparent. Bonatti et son client se dirigent vers l’arête de la Poire. Les deux autres s’attaquent à la Brenva. Le mauvais temps fait irruption dans l’histoire et les deux cordées finissent par se rapprocher sur un même itinéraire. A la tombée du jour, quelques dizaines de mètres les séparent. Après une nuit improvisée dans la tempête, les quatre grimpeurs sont ensemble. Ils mettent près d’une journée pour rejoindre le Col de la Brenva, tant les conditions sont mauvaises. Ils cherchent à aller s’abriter au Refuge Vallot, sur l’autre versant. Mais pour y parvenir, le plus sûr est de passer par le sommet du Mont Blanc.

Les deux cordées se séparent mais suivent le même itinéraire. Alors que Bonatti atteint le Refuge Vallot, Vincendon et Henry se lancent dans la descente, finalement décidés à rentrer à Chamonix par l’itinéraire le plus court.

Vincendon et Henry immobilisés sur le Grand Plateau

Les conditions ne sont pas bonnes et les deux jeunes ne vont pas bien loin. Très vite, ils sont immobilisés au niveau du Grand Plateau, en plein cœur du massif du Mont Blanc. Pas loin de l’endroit où un certain Jacques Balmat avait bivouaqué près de deux siècles plus tôt (mais c’était en plein été !). Sans nouvelles depuis plusieurs jours, les proches de Vincendon et Henry commencent à s’inquiéter. Pendant ce temps, les deux alpinistes accumulent les problèmes. Ils sont aveuglés par la réverbération. Ils égarent leurs gants. Avec la météo qui reste mauvaise, ils sont dans une situation très délicate. Dufourmantelle lui-même alerte la Société Chamoniarde de Secours. Mais les guides sont très occupés. S’ils parcourent les sommets en été, l’hiver est alors réservé aux cours de ski. Et ce travail est bien plus rémunérateur, difficile de lui tourner le dos !

Les premiers hélicoptères décollent

Les 27 et 28 décembre, plusieurs vols d’hélicoptères tentent de repérer les alpinistes en détresse, en vain. Ils sont finalement aperçus, à la lunette, depuis le Brévent, le massif de l’autre côté de la vallée de Chamonix. Ils semblent manifestement encore en vie. A cette époque, le secours en montagne n’en est qu’à ses balbutiements et ce sont là les premiers pas des hélicoptères en haute montagne. Entre les guides chamoniards, l’armée, la mairie… tout le monde donne son avis, mais personne ne part porter secours aux deux gamins perdus dans la montagne.

Le commandant Legall, fraichement rentré d’Indochine, tente alors d’organiser un secours militaire aéroporté ; alors que Lionel Terray et Dufourmantelle engagent quelques hommes dans une caravane pour un secours pédestre. Dans le même temps, des guides de Courmayeur sont montés pour récupérer Bonatti et son client. Ce dernier, dans un piteux état, perdra ses orteils.

Crash à 4.000 mètres

Le 31 décembre, l’hélicoptère de l’armée décroche et s’écrase sur le Grand Plateau. Tout le monde est indemne et deux membres d’équipage installent Vincendon et Henry à l’abri dans la carcasse de la machine accidentée. Ils sont déjà gravement gelés, au moins jusqu’aux coudes.

Les secouristes qui étaient à bord aident en premier lieu les deux pilotes, certainement les moins expérimentés et les moins équipés pour survivre à l’hiver en haute montagne. Le mauvais temps est de retour et la cordée de Terray est contrainte de redescendre dans la vallée. Le remontée de l’équipage de l’hélicoptère jusqu’au Refuge Vallot n’est alors pas une mince affaire. L’un des pilotes glisse dans une crevasse. Retour à la machine.

Récupérer les pilotes, abandonner Vincendon et Henry

Des sauveteurs déposés au Dôme du Gouter viennent le lendemain pour leur prêter main forte. Récupérer les pilotes devient la priorité et mobilise toute l’énergie des guides. Deux jours et une nuit sont nécessaires à ce sauvetage additionnel. Suite à un bivouac dans une crevasse, les deux aviateurs s’en sortent avec des gelures. Les pilotes sont récupérés au Refuge Vallot le 3 janvier par des Alouettes venues de Mont de Marsan. Mais le sauvetage se termine sans avoir pu récupérer les deux naufragés, intransportables. Ils sont abandonnés dans la montagne.

Visible depuis la vallée, ce spectacle a tenu en haleine la France entière pendant plus de dix jours, grâce à une centaine de journalistes massés à Chamonix. Les difficultés d’organisation du sauvetage de Vincendon et Henry ne resteront pas sans conséquence. L’année suivante, le service public de secours en montagne sera créé. Ce sera la naissance du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne rassemblant des sauveteurs professionnels entrainés et dédiés au secours des naufragés dans le Massif du Mont Blanc. Les deux corps sans vie de Jean Vincendon et François Henry seront finalement descendus dans la vallée en mars 1957.

Extrait de 50 ascensions à revivre en 5 minutes

Illustrations © Altitude

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Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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