L’alpinisme enfin classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO

Au terme d’un chemin de croix de près de 8 ans, l’alpinisme vient d’entrer au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Plus précisément sur la liste du Patrimoine Culturel Immatériel. Si la candidature a été déposée officiellement en 2018, le projet est en gestation depuis 2011. Portée par les trois pays qui se partagent le Massif du Mont Blanc, Italie, Suisse et France, cette candidature rejoint plusieurs centaines de pratiques, événements, savoir-faire, disciplines, déjà encadrés par cette liste.

La 14ème Session du Comité intergouvernemental de l’UNESCO vient de confirmer cette inscription lors de sa tenue à Bogota, Colombie. En ouverture, la Directrice de l’UNESCO, la Française Audrey Azoulay, a rappelé l’intérêt pour ces pratiques d’être listés par l’UNESCO : « Il ne s’agit pas de les protéger comme des souvenirs lointains et fragiles mais de les sauvegarder dans leur vivacité quotidienne qui nous offre d’innombrables solutions pour relever les défis contemporains ».

L’alpinisme, qu’est-ce que c’est ?

Quelques éléments de réponse dans ce film réalisé par Bertrand Delapierre.

Lors du dépôt de candidature, la définition suivante avait été donnée :

« L’alpinisme est l’art de gravir des sommets et des parois en haute montagne, en toutes saisons, en terrain rocheux ou glaciaire, par ses propres capacités physiques, techniques et intellectuelles, en utilisant des techniques adaptées, du matériel et des outils très spécifiques. Il s’agit d’une pratique physique traditionnelle qui se caractérise par une culture partagée, un art fait de savoirs (connaissance de l’environnement de la haute montagne, de l’histoire de la pratique et des valeurs qui lui sont associées), et de savoir-faire (maîtrise des techniques d’ascension et d’assurage, utilisation du matériel : corde, piolet, et crampons) ainsi que par l’acquisition indispensable de connaissances variées sur le milieu d’exercice, naturel et non aménagé (verticalité, altitude, glaciers), sur les conditions climatiques changeantes et sur l’appréciation d’événements physiques aléatoires (avalanches, tempêtes…). La culture de l’alpinisme s’appuie aussi sur des références esthétiques, les alpinistes étant attachés à la beauté des itinéraires, à l’élégance du geste dans l’ascension, à la contemplation des paysages et à la communion avec les milieux naturels traversés. La pratique mobilise en outre des principes éthiques reposant sur un engagement de chacun, une économie de moyens, une absence de traces rémanentes laissées derrière soi, une prise de risque mesurée et un devoir d’entraide et de secours entre les praticiens. Le style et l’expérience sensible priment souvent sur la réussite de l’ascension d’un sommet.

L’alpinisme repose également sur des formes de sociabilité partagée, essentielles dans les motivations des pratiquants et la conduite de la course (terme désignant une ascension). L’ambiance des refuges permet aux alpinistes d’échanger connaissances et expériences, via notamment les récits de course, partagés le soir par les équipes. « L’esprit de cordée » est un autre élément fondamental de l’imaginaire des alpinistes. La cordée désigne l’ensemble des alpinistes reliés à une corde pour l’ascension. Ce lien physique n’est que la matérialisation d’un esprit de solidarité sans faille qui requiert des partenaires de l’ascension une forte compréhension mutuelle et un partage constant des responsabilités, dans les difficultés comme dans les réussites. Cet état d’esprit permet d’adopter collectivement des attitudes qui permettront de gravir le sommet.

Les alpinistes définissent eux-mêmes les modalités de leur pratique. Les courses sont programmées par consensus au sein de la cordée, qui établit en commun la manière dont elle va réaliser une ascension. Malgré les effets très nets de la sportivisation sur la quasi-totalité des pratiques physiques depuis la fin du XIXe siècle, l’alpinisme reste à l’écart de la normalisation sportive. La pratique de l’alpinisme est étrangère à tout esprit de compétition structurée (elle n’a jamais été une discipline des Jeux olympiques) et s’exerce en dehors de toute réglementation et de tout cadre aménagé. L’activité repose sur un ensemble de règles fixées par les pratiquants eux-mêmes dans des circonstances données, ce qui la différencie fondamentalement d’un sport, aux règles codifiées et standardisées. L’alpinisme s’apparente à une éthique de vie et à une communion entre praticiens, voire à un « art de l’espace ». Il apporte de profonds sentiments de plénitude face à la perspective de résoudre les problèmes posés par les éléments naturels et d’intenses émotions esthétiques voire spirituelles, dans la relation des praticiens à un élément naturel qui dépasse l’humain. »

Illustration © Pascal Tournaire

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