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Les glaciers fondent, mais est-ce si grave ?

On parle beaucoup de la fonte voire de la disparition des glaciers. Mais est-ce vraiment important ? Quelles sont les conséquences de la fonte des glaciers ?

Vous vivez à des centaines de kilomètres du premier glacier. Vous ne pratiquez pas la randonnée glaciaire, n’admirez pas les paysages alpins pendant vos vacances ? Alors pourquoi vous rabat-on les oreilles avec ces glaciers qui fondent aux quatre coins de la planète ? En quoi est-ce que cela peut bien vous concerner ? Résumé de nos liens avec ces géants de cristaux.

1. Une indispensable source d’eau douce

Les glaciers accumulent de l’eau à la période où elle tombe sous forme de neige. En hiver, cette dernière vient se compacter sur le glacier. Cette réserve d’eau solide va pouvoir nous alimenter quand les températures se réchauffent. La fonte estivale va contribuer au débit des cours d’eau. Sans glacier, les périodes les plus chaudes vont voir les niveaux des cours d’eau baisser considérablement.

En France, le Rhône est un fleuve en partie alimenté par la fonte des glaciers. Le recul de ces derniers pourrait contribuer à faire baisser son débit. De -10 à -40% en fonction des trajectoires du GIEC. Combiné avec des sécheresses et canicules à répétition, l’impact des glaciers commence soudain à concerner beaucoup plus de monde… Ce n’est pas pour rien que l’on surnomme les glaciers « les châteaux d’eau de la planète ». On considère que les glaciers de montagne sont une source d’eau pour près de 2 milliards d’habitants de la planète.

2. Une production d’énergie plus aléatoire

Moins d’eau dans un fleuve comme le Rhône et ses affluents, c’est moins d’électricité fabriquée par les barrages. Mais c’est aussi une capacité de refroidissement moindre pour les centrales nucléaires qui bordent l’eau à dessein. En mars dernier, la cour des comptes soulignait les nécessaires transformations à mener pour le parc nucléaire face à la baisse de débit des cours d’eau. Dans son rapport Futurs Energétiques 2050, RTE souligne un « risque d’indisponibilité » croissant des centrales situées en bord de fleuves. La production hydraulique pourrait également être touchée. Et si les différents scénarios étudiés par RTE se veulent optimistes, l’opérateur pointe du doigt un point faible : la dimension systémique du sujet. Car les énergéticiens ne sont pas les seuls à utiliser l’eau. Et d’autres usages pourraient varier, générant des impacts plus problématiques que prévus sur la production d’énergie.

3. La sécurité alimentaire remise en cause

Parmi les autres usages de l’eau qui descend de nos montagnes : l’agriculture. Une étude de 2019 publiée dans Nature a étudié la catastrophe à venir dans les régions du Ganges et de l’Indus. Deux fleuves largement alimentés par les glaciers de l’Himalaya. Dans ces zones, près de 129 millions d’agriculteurs vont voir leur irrigation touchée par la baisse du niveau d’eau en dehors de la mousson. Cette partie du monde est une des plus densément peuplée et « des millions de personnes risquent de perdre leurs moyens de subsistance et leurs sources de nourriture en raison de la fonte rapide des glaciers himalayens » précise l’un des auteurs de l’étude. L’insécurité alimentaire chez nous et ailleurs pourrait donc être une autre conséquence de la disparition de ces glaciers.

Et l’agriculture ne produit pas que de la nourriture. Les gigantesques plantations de coton du nord-ouest de la Chine sont irriguées par les rivières qui descendent des glaciers des Tian Shan. Nos tee-shirts pas chers, dommages collatéraux de la fonte des glaciers…

4. Des écosystèmes bouleversés

Tous les écosystèmes touchés de près ou de loin par les flux d’eau en provenance des glaciers vont subir des transformations. L’habitat de certaines espèces va être modifié et toutes ne seront pas capables de survivre. La disparition de certains invertébrés, présentée dans cette récente étude, sera à l’origine d’impacts sur toute la chaîne alimentaire. Quant aux nutriments présents dans les eaux de fonte des glaces et qui rejoignent les océans, ils contribuent à l’alimentation de réseaux trophiques marins. D’autres études très sérieuses alertent sur les potentiels pathogènes présents dans les glaces. Ils pourraient être relâchés dans la nature à l’occasion de la disparition des glaciers. Des virus d’un autre temps qui reprendraient vie !

Sans compter que la surface des glaciers réfléchit une bonne quantité de rayonnement solaire. Sans les glaciers, c’est la planète qui absorbe et se réchauffe encore un peu plus vite. Enfin, la fonte des glaciers contribue à l’élévation du niveau des océans et ses conséquences sur les écosystèmes et l’habitat humain. Le sujet de l’avenir des glaciers concerne bien l’humanité tout entière. Les scientifiques assurent que l’on pourrait en partie enrayer leur fonte accélérée si on prenait conscience de l’urgence à agir. Une partie des glaciers pourrait être sauvée moyennant une maîtrise de l’élévation globale des températures. La réduction des émissions de gaz à effet de serre pourrait ainsi limiter certaines des conséquences évoquées plus haut.

Illustration – un glacier de Patagonie © Pixabay

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Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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Une réflexion sur « Les glaciers fondent, mais est-ce si grave ? »

  1. Je me permets de vous faire une réponse en tant que météorologue.

    Tout d’abord, il faut rappeler que la fonte des glaciers n’est pas un phénomène nouveau. La Terre a connu plusieurs périodes glaciaires et interglaciaires au cours de son histoire, et les glaciers ont varié en taille et en répartition selon les fluctuations climatiques. Ainsi, il y a environ 20 000 ans, lors du dernier maximum glaciaire, une grande partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord était recouverte de glace.

    Aujourd’hui, ces régions sont habitées et cultivées, sans que cela pose de problème majeur.

    Ensuite, il faut relativiser l’importance des glaciers pour l’approvisionnement en eau douce. Certes, les glaciers stockent environ 70 % de l’eau douce de la planète, mais ils ne représentent que 2 % du volume total d’eau sur Terre. La majorité de l’eau douce se trouve sous forme liquide dans les lacs, les rivières, les nappes phréatiques et l’atmosphère. De plus, la fonte des glaciers n’entraîne pas forcément une diminution de la disponibilité en eau douce. Au contraire, elle peut augmenter le débit des cours d’eau alimentés par les glaciers, et créer de nouveaux lacs glaciaires qui peuvent servir de réservoirs.

    Enfin, il faut souligner que la fonte des glaciers n’est pas forcément liée au réchauffement climatique anthropique. Il existe d’autres facteurs qui influencent la dynamique des glaciers, comme les variations solaires, les éruptions volcaniques, les oscillations océaniques ou les changements d’usage des sols. Ainsi, certains glaciers ont connu des phases de recul ou d’avancée indépendamment du climat global. Par exemple, le glacier d’Aletsch, le plus grand des Alpes, a commencé à reculer dès le début du XIXe siècle, bien avant l’augmentation significative des émissions de gaz à effet de serre.

    En conclusion, la fonte des glaciers n’est pas un phénomène aussi dramatique qu’on le croit souvent. Il y a des pays où il n’y a pas de glacier, comme les îles britanniques, et il y a de l’eau suffisamment en grande quantité. Par contre, le réchauffement climatique mondial est en train de changer la configuration des perturbations et donc l’apport de la pluie.

    Yan Giezendanner

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