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L’ours et le loup dérangent aussi nos voisins européens ?

Dans les Pyrénées avec l’ours comme dans les Alpes avec le loup, la cohabitation entre l’homme et l’animal est souvent compliquée. Les éleveurs souffrent d’attaques qui déciment (parfois) leurs cheptels et les contraignent à un travail encore plus dur de protection des bêtes. Ils sont nombreux à réclamer des mesures d’abattages quand les tenants de la préservation des écosystèmes veulent laisser croître ces populations de prédateurs. Les hommes se déchirent donc sur ces sujets, générant une telle tension que même certains observateurs peuvent se retrouver menacés.

Régulièrement, on entend un argument étrange face à ces problèmes de cohabitation : tout serait plus simple chez nos voisins. Les Espagnols, les Italiens ont également des populations grandissantes de grands prédateurs, plus massives (voir tableau de chiffres plus bas). Mais ils ne s’en plaindraient pas. C’est aller un peu vite en besogne.

Loups et ours en Italie

Le loup victime du braconnage

Si traditionnellement, les ovins italiens sont moins exposés que leurs cousins français (plus souvent destinés à la production laitière, ils sont généralement rentrés à la nuit tombée pour la traite), les attaques existent de l’autre côté de la frontière. Arno Kompatscher, président de la province de Bolzano, a fait de la lutte contre le loup un de ses chevaux de bataille. Au Tyrol du Sud, ce ne sont pas tant les éleveurs que les chasseurs qui poussent les politiques à agir en la matière. Les associations de chasseurs voient dans le loup un concurrent sérieux face aux populations de grands gibiers.

Lire aussi : Des bergers mobiles pour aider les éleveurs face au loup

Protégé en Italie depuis 1971, le loup cohabite correctement avec l’homme dans les zones de parcs nationaux. Là où il est également un attrait marketing pour les touristes. Au-delà de ces limites, la réalité est moins rose. Si les attaques ne sont pas permanentes, leurs conséquences sur les brebis laitières sont réelles. Les agriculteurs expliquent qu’il suffit d’une brebis blessée dans un troupeau pour que toutes les autres soient stressées. Résultat de ce stress, une baisse considérable de la production de lait et des éleveurs en faillite. La Coldiretti, syndicat d’agriculteurs transalpin, en est persuadée : les loups sont trop nombreux en Italie. Face à une gestion peu efficace des autorités dans certaines régions, on estime entre 200 et 300 loups braconnés chaque année dans le pays. D’après le WWF italien, le pays compterait environ 1.800 spécimens.

Les ours menacés par l’extrême droite italienne

Il y a quelques jours, ce sont les ours du Trentin qui ont fait parler d’eux. On estime leur population à une soixantaine. L’été dernier, un d’entre eux, plus turbulent que les autres, a été capturé. On lui reprochait ses dégâts sur les ruches, les fermes et quelques prédations d’ovins et de bovins. Capturé, il a été placé « en détention provisoire » dans un centre prévu à la base pour soigner les animaux blessés. Sauf qu’il n’a pas accepté son sort et est parvenu à s’échapper quelques heures plus tard. La clôture de 4 mètres n’a pas freiné la volonté de l’ours, connu par son nom de code M49.

Le Président de la Province concernée, le Trentin, a donné l’ordre d’abattre la bête. Le Ministère de l’Environnement italien est monté au créneau affirmant que cette décision n’était pas à la main de la province. Résultat, l’ours s’en était tiré et n’avait plus fait parler de lui, hibernation oblige. Aux dernières nouvelles, il serait sorti de sa léthargie hivernale (en italien). Des scrutins à venir dans la Province pourraient favoriser les comportements électoralistes vis-à-vis des chasseurs et de certains agriculteurs. Les autorités en place, soutenues par l’extrême droite (La Ligue), pourraient bénéficier dans les urnes de la mort de l’ours M49.

Lire aussi : Pyrénées, vers une cohabitation apaisée entre ours et bergers ?

Loups et ours en Espagne

Les ours des Pyrénées et les autres…

En Espagne, si l’ours de Cantabrie ne semble pas trop poser de problèmes et contribue à la vitalité touristique du Parc naturel de Somiedo (en espagnol), les éleveurs des Pyrénées sont vent debout contre le prédateur. En Aragon et dans le Val d’Aran, quelques attaques contre des bovins et quelques équidés ont marqué les esprits (en espagnol). Et la situation ressemble fort à celle que l’on retrouve côté français : peu d’attaques mais assez marquantes et des éleveurs très remontés.

La chasse au loup en partie autorisée

On compte entre 2.000 et 2.500 loups en Espagne, la plupart sont issus de l’espèce « loup ibérique ». Dans la zone où il est le plus présent (nord-ouest du pays), il peut être chassé (avec des quotas – comme le chamois en France). Dans le reste du pays, il est totalement protégé mais ces dernières années, plusieurs syndicats d’agriculteurs ont manifesté leur désir de voir l’autorisation de chasse étendue à tout le pays. Refusée par Bruxelles, cette extension n’a toujours pas vu le jour mais les éleveurs confrontés de près ou de loin aux attaques restent mobilisés. Un des observateurs expliquait, déjà en 2012 (en espagnol), « Les agriculteurs ont de graves problèmes de toutes sortes, mais bien sûr, le loup n’est pas le plus gros, bien que ce soit un bon argument pour pleurer et être remarqué »

La cohabitation, oui mais…

Nombre de spécimens (estimations) France Espagne Italie
Loup 500 2.000 – 2.500 1.800
Ours 40 250 100-140

Les ours comme les loups ne vivent pas exactement la même situation en France, en Italie et en Espagne. Mais la cohabitation apaisée dont il est souvent question depuis la France n’est pas une généralité si évidente ! Le braconnage des loups est une réalité chez nos voisins italiens. Et les attaques existent bel et bien dans plusieurs régions. La chasse est permise, avec des quotas, dans les régions d’Espagne où l’animal est très présent. L’ours cristallise lui aussi les oppositions entre protecteurs de l’environnement et agriculteurs, dans les Pyrénées espagnoles comme dans le Sud-Tyrol en Italie. Des situations différentes c’est évident. Difficile pour autant de conclure que tout se passe mieux au-delà de nos frontières.

Illustration ©  DR

Eric T.

Eric, spécialiste de l'univers de la montagne, a mis son baudrier et ses crampons de côté pour rédiger des articles pour : Altitude.news. Business, Nature et Alpinisme sont les trois rubriques principales dans lesquelles vous pouvez retrouver ses articles. Ce montagnard d'adoption est à l'affût d'histoire et d'anecdotes insolites à partager avec ses lecteurs. Pour le contacter directement : eric@altitude.news !

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2 réflexions sur « L’ours et le loup dérangent aussi nos voisins européens ? »

  1. Il y aurait 500 loups en France?
    Qui peut le croire. En 2013 le responsable loup de l’ONCFS nous expliquait qu’il se développait mieux que chez nos voisins.
    Pourtant chiffres officiel ONCFS :
    2012 25 % de croissance et 250 loups  6120 victiùmes dans 16 dpts
    2013 20 % de croissance et 250 loups  6161 victimes et 21 dpts
    2014 20 % de croissance et 301 loups  8577 victimes et 29 dpts
    2015 16 % de croissance et 282 loups 8964 victimes et 29 dpts
    2016 16 % de croissance et 300 loups pour plus de 9600 victimes
    2017, on parlait de 360 en début d’année
    2018 400
    2019 500
    http://leloupdanslehautdiois.blogspot.com/2013/12/du-nouveau-dans-la-manipulation.html

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