Thimphu de nuit

Episode 4 – Du bonheur brut, des chiens errants et un sacré exode rural !

Dans ce nouvel épisode, il est temps de s’intéresser à ce fameux Bonheur national brut, ce concept qui a fait le tour du monde.

Attention. Ce podcast est issu d’une série que nous vous encourageons à découvrir dans l’ordre. Accédez aux épisodes précédents : Episode 1 | Episode 2 | Episode 3.

Des chiens errants par milliers

Difficile de dormir la nuit à Thimphu, les fenêtres ne sont pas bien épaisses et les aboiements de chiens sont incessants. Ils raisonnent dans la nuit. Ces chiens, ce sont des chiens errants. Comme pour les vaches, pas question de faire piquer les chiens malades ou vieillissants. Ils errent dans la vile par centaines. Ils ne sont généralement pas agressifs mais ils sont nombreux. Rien qu’à Thimphu, ils seraient 6 à 7000 à errer dans les rues.

Bizarrement, il n’y a quasiment pas de chat. Un Bhoutanais que je questionne sur le sujet me répond en rigolant que c’est normal, les chiens mangent les chats : « Nous sommes un pays bouddhiste, on ne tue pas les animaux. Les gens possèdent des chiens puis un jour ils les abandonnent, surtout quand ils sont vieux ou malades. Comme on ne les tue pas, ils sont de plus en plus nombreux dans les rues. Pendant le covid des volontaires ont recensé les animaux et les ont vaccinés contre la rage. La stérilisation des chiens est en cours, mais il en reste des milliers ».

Le fameux Bonheur National Brut

Si la pratique du bouddhisme est en partie responsable de la présence de ces chiens errants, elle n’est pas étrangère non plus à la façon dont le pays se développe. Et c’est sans doute une des rares choses que le reste du monde connait du Bhoutan. Son bonheur. Mais n’allez pas croire que les Bhoutanais sont heureux, non ce n’est pas çà l’idée. Un Bhoutanais nous explique : « les gens pensent que le Bhoutan est le pays le plus heureux du monde. Mais si on regarde de plus près, les gens ne sont pas plus heureux que çà, notamment dans les villes. Si on va dans les campagnes et les villages, c’est différent. On peut voir les gens profiter de la vie de manière simple, avec joie ».

En fait, c’est juste une philosophie de développement. Pourquoi ne regarder que des indicateurs économiques, comme le PIB, pour mesurer les évolutions d’un pays ? Le Bhoutan a donc mis en place un indicateur composite, qui tente de prendre en compte ce qui peut contribuer au bonheur de sa population. Toutes les décisions des autorités doivent ainsi être prises en accord avec ce Bonheur National Brut. Mais c’est le roi qui en parle le mieux. Son nom, Jigme Khesar Namgyel Wangchuck. « Le bonheur national brut est la philosophie derrière notre conscience nationale. Elle nous aide à prendre de meilleures décisions pour notre futur, des décisions plus sages. Elle nous pousse, chaque jour, à faire tout notre possible pour le bonheur et le bien-être de chaque Bhoutanais ».

Des campagnes qui se vident depuis des décennies

En regardant autour de nous en sortant de la ville, les rizières reprennent le dessus. Aux grands champs de la vallée succèdent des petites exploitations à flanc de montagne. Quelques champs dans lesquels on fait encore tout à la main. Et pas mal de parcelles sont en friche et les maisons attenantes abandonnées. Ces campagnes qui se vident sont le reflet d’une vie de paysan dure, aggravée par la présence grandissante des animaux sauvages. Fruits de la volonté de protéger les forêts, ils sont de plus en plus nombreux. Ils ravagent les cultures, attaquent les bêtes.

La « forêt a un gros désavantage, c’est que plus il y a de forêt, plus il y a d’animaux sauvages. Plus il y a d’animaux sauvages, plus il y a de problèmes pour les paysans. En particulier pour leurs récoltes. Pour les paysans, c’est l’enfer. Et cela entraine beaucoup de paysans à quitter leurs champs » nous confirme Françoise Pommaret du CNRS. Dans le même temps, les enfants vont désormais à l’école et voient dans la ville la possibilité d’une vie meilleure.

Ce n’est parfois qu’un mirage mais en 40 ans, Thimphu est passé de 15 à 150 000 habitants. La « première fois que je suis venue en 1979, il y avait 15.000 habitants (…). A l’entrée de Thimphu, c’était des champs de riz magnifiques, il n’y avait aucune maison. Un exode (…) qui s’est surtout fait dans les années 1990-2000. Parce qu’il y a eu l’avènement de la bourgeoisie. Des gens qui ne vivent plus de la Terre ».

CREDITS. Image d’illustration, Interviews, enregistrements au Bhoutan © Altitude. | Bruitages additionnels et musiques d’illustration © Pixabay. | Headphone © Flat Icon / Freepik | Traductions et doublages assurés par Clémence Bout et Albin Digue du Master Rédacteur Traducteur de l’Université de Bretagne Occidentale | Ecriture et voix-off : Arnaud Palancade.
Sources complémentaires : Interview de : Françoise Pommaret, chercheuse au CNRS, 2022. | Wangyel & Tshering, 2022 | Extrait radiophonique de Cypher, Black Squad, diffusé en 2022. | Discours de Jigme Khesar Namgyel Wangchuck sur le Bonheur National Brut à l’attention des jeunes du pays | Le Bhoutan fait face à la menace des chiens errants, article de The Third Pole | Les Bhoutanais sont-ils vraiment heureux ? article de The Bhutanese   | Evolution de la vision du Bonheur de 2008 à 2019, Centre for Bhutan and GNH Studies | Rural Urban Migration and Urbanization in Bhutan, National Statistics of Bhutan.

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