Willi Unsoeld

Un alpiniste de légende grimpe avec sa fille et revient seul

Contemporain de Tom Hornbein, l’Américain Willi Unsoeld a disparu en mars 1979, il y a 42 ans. Portrait de cet alpiniste vainqueur de l’Everest, et récit tragique d’une expédition avec sa fille.

Le début de sa carrière de grimpeur est très incertaine. Avec un ami de régiment, Willi Unsoeld se lance le défi de grimper en Himalaya. Mais les montagnes sont loin et c’est d’abord dans les Alpes suisses que les deux Américains se font la main. C’est la rencontre avec une femme, Laurie French, qui va accélérer leur projet. Ensemble ils vont trouver les moyens d’embarquer vers les Indes.

Des débuts incertains et des échecs à répétition

En 1949, Unsoeld, French et leur ami Herbert Rickett sont donc au pied de leur première montagne himalayenne. Le Nilkantha, un 6.000 du Garhwal. Rickett est malade et le projet est vite arrêté. Unsoeld continue sa découverte de la région avant de rentrer chez lui, bien décidé à revenir dans cette région du monde. Il découvre notamment l’existence d’un sommet qui l’hypnotise par sa beauté : la Nanda Devi.

En 1954, retour en Himalaya. Au Népal cette fois, pour une tentative sur une montagne bien plus imposante : le Makalu. Avec un compagnon de cordée, Unsoeld parvient à 7.150 mètres mais doit abandonner, le mauvais temps estival approche. Encore un sommet qui lui échappe, c’est bien le duo Français Terray/Couzy qui réussira cette première quelques mois plus tard. Il ne réussit pas cette ascension mais devient papa. Sans surprise, sa fille est baptisée Nanda Devi. le nom d’une montagne qui signifie “déesse joyeuse”.

Willi Unsoeld : la cordée avec Tom Hornbein

Quelques années plus tard, c’est au Masherbrum que les Américains s’intéressent. Willi Unsoeld est de la partie. A ses côtés, un médecin : Tom Hornbein. Au bout de plusieurs semaines d’une expédition éprouvante, il réussit la première ascension de cette montagne de 7.821 mètres, avec George Irving Bell.

Puis vient l’expédition de 1963 à l’Everest, trois expéditions ont à cette époque déjà gravi le toit du monde. Les Américains ne peuvent rester en retrait, ils doivent être la quatrième. Norman G. Dyhrenfurth pilote cette expédition qui vire très vite au cauchemar, un grimpeur étant tué par une chute de sérac dans les premiers jours. Deux équipes sont constituées pour explorer deux itinéraires : Unsoeld et Hornbein (entre autres) visent l’arête ouest. Le résultat ne tarde pas à tomber, quelques jours plus tard, le drapeau américain flotte sur l’Everest, l’itinéraire via le Col Sud a payé. La tentative par l’arête ouest échoue et c’est le retour au camp de base.

Alors que la saison est bien avancée, Unsoeld et quelques autres se lancent dans une ultime tentative. A un certain stade, Hornbein et Unsoeld, désormais seuls, comprennent qu’ils ne peuvent plus faire demi-tour. S’ils n’atteignent pas le sommet, ils seront piégés. Vers 18h15 pourtant, un appel radio est émis du sommet ; les deux hommes ont réussi à remonter ce vertigineux couloir, dès lors baptisé couloir Hornbein. Les bouteilles d’oxygène ne tardent pas à être vides et sans tente ni sac de couchage, le bivouac est rude à 8.500 mètres. Bien que par chance, le vent se soit posé. Deux autres grimpeurs montent à leur rencontre au petit matin : Hornbein et Unsoeld sont sauvés. Mais ce dernier rentre avec beaucoup moins d’orteils, gelés sur l’Everest.  

Willi Unsoeld et (la) Nanda Devi

Le temps passe et en 1976 s’organise une nouvelle expédition. La fille d’Unsoeld, baptisée Nanda Devi en hommage à la montagne éponyme, en est à l’origine. Elle a alors 22 ans (voir une photo du père et de sa fille) et se lance dans l’organisation de cette expédition très spéciale. Car l’idée est d’ouvrir une nouvelle voie sur la Nanda Devi (la montagne ce coup-ci), pour fêter le 40ème anniversaire de la première ascension, qui remonte à 1936.

Parmi les membres de l’expédition, de grandes pointures de l’alpinisme nord-américain de l’époque, notamment John Roskelley. En quelques semaines, une première équipe de grimpeurs ouvre une voie sur la face nord de cette montagne mythique haute de 7.816 mètres. Une deuxième équipe avance vers le sommet, elle compte dans ses rangs Nanda Devi Unsoeld qui se plaint depuis quelques temps de problèmes de santé.

Willi est au camp de base, prêt à constituer la troisième équipe qui grimpera vers le sommet. Devi s’épuise pour atteindre le Camp 4 et ne trouve pas la force de continuer, deux autres grimpeurs sont avec elle. Bientôt trois puisque son père les rejoint alors que le mauvais temps les bloque plusieurs jours. Alors que tout espoir de retraite rapide s’envole, en quelques heures, l’état de Devi se dégrade encore. Elle décède sous la tente du Camp 4 aux côtés d’un grimpeur devenu son petit ami et de son père. Son corps est précipité, par Willi, dans la face nord-est, en guise de tombeau.

Quelques années plus tard, en 1979, c’est une avalanche qui emporte Willi Unsoeld sur le Mont Rainier.  

Illustrations – Willi Unsoeld © Oregon State University CC BY-2.0

  

Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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