Les guides de Chamonix : d’« une grande supériorité » !

Dans son Voyage en Suisse, publié en 1812, Antoine Claude Pasquin dit Valéry raconte ses tribulations de Genève à la Lombardie. Il fait un crochet par la région de Chamonix. Les détails qu’il donne et ses commentaires sont particulièrement intéressants. Pour mémoire et mieux comprendre son propos, la Compagnie des Guides de Chamonix a été créée en 1821, ce que décrit l’auteur est donc antérieur à cette organisation. Rappelons également qu’à l’époque de ces descriptions, un travailleur ouvrier gagnait entre 1 et 3 fr. par jour de travail, un chef d’atelier entre 3 et 5 fr. environ. Un ordre d’idée approximatif, très variable en fonction des régions, mais qui permet de mieux comprendre les chiffres avancés par l’auteur.

Enfin l’auteur appelle Chamonix : le Prieuré de Chamounix ou le Prieuré. Historiquement, le Comte de Genève avait fait don à l’Abbaye St-Michel-de-la-Cluse de la Vallée de Chamonix pour la construction d’un Prieuré. Ce dernier disparut au milieu du 18e siècle mais l’appellation resta un temps. Le bâtiment actuel de la “Maison de la Montagne” est une ancienne chapelle qui faisait partie du Prieuré.

Lire aussi : Les origines du Prieuré de Chamonix, par Jean-Yves Mariotte, 1978

Ils ont, à tous égards, une grande supériorité !

« On trouve des guides à Saint Martin, à Sallenche, à Saint-Gervais, à Martigny, à Sixt, à Servoz, à Valorsine, à Courmayeur et au Prieuré de Chamounix. Ceux de ce dernier endroit ont, à tous égards, une grande supériorité. Ils sont soumis à une organisation particulière. Voici les principales dispositions du règlement qui les régit.

Ils sont tenus de servir à tour de rôle ; le guide-chef, qui réside au Prieuré, désigne aux voyageurs les guides dont le tour de service est arrivé. Le voyageur qui a quelques motifs de préférence pour tel ou tel guide, peut le choisir, en payant 3 fr. par jour en sus du salaire fixe.

Le salaire pour le Mont Blanc 4x supérieur aux journées ailleurs

Le salaire d’un guide pour les courses ordinaires est de 7 fr. par jour. Il est de 10 fr. par jour pour les courses qualifiées d’extraordinaires, savoir celles du Buet, du Jardin, des glaciers autres que ceux de la vallée de Chamounix, et même de ces derniers quand la course dépasse la limite supérieure de la végétation. Enfin, ce salaire est de 40 fr. par jour pour l’ascension du Mont Blanc.

Pour les courses extraordinaires, il doit y avoir deux guides au moins pour un voyageur seul ; si les voyageurs sont au nombre de deux ou au-dessus, il doit toujours y avoir un nombre au moins égal de guides. La corporation des guides de Chamounix est seule autorisée à desservir cette vallée. A Saint-Gervais, Servoz et autres lieux, sauf Martigny en Valais où il existe aujourd’hui une corporation semblable, cette industrie n’est pas soumis à un règlement ; les prix se débattent librement, et les voyageurs peuvent entrer en arrangement avec les guides et les muletiers pour les courses de quelque durée. (…)

Des chaises à porteur pour les personnes craintives

Outre les guides proprement dits, on trouve à Chamounix et sur la route du Grand-Saint-Bernard des porteurs, ayant des chaises ou palanquins à l’usage des personnes faibles, valétudinaires ou craintives qui donnent la préférence à ce moyen de transport. On peut se faire conduire en chaise à porteur jusqu’à différentes stations assez élevées. Le prix à Chamounix est de 6 fr. par porteur : ce qui fait revenir chaque course de 24 à 36 fr. (…)

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Dépense d’Auberge

Au Prieuré de Chamounix, à Saint-Gervais, Saint-Martin, Sallenche et autres localités importantes, cette dépense peut-être évaluée à 1 fr. ou 2 fr. par tête pour le déjeuner, et à 3 fr. ou 4 fr. pour le diner à table d’hôte. Le prix du logement et de la couchée est 1 fr. à 2 fr. : ce qui fait venir la dépense moyenne par tête de 6 fr. à 7 fr. par jour. Les voyageurs sont parfaitement bien traités, par exemple, pour ce prix-là à l’hôtel de Londres et d’Angleterre au Prieuré.

Dans les endroits peu fréquentés, cette dépense varie beaucoup, en plus ou en moins. Les prix sont nécessairement plus élevés dans les auberges qui ne sont ouvertes que quelques mois de l’année, telles que l’hôtellerie di Montanvert, l’hospice du col de Balme, etc. »

Illustration © Société Belge de Librairie

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