1834, sur son mulet, il grimpait vers le Mont Blanc !

En 1835, le Comte Henri de Tilly publie « Ascensions aux cimes de l’Etna et du Mont-Blanc ». Il raconte ses aventures sur ces deux montagnes. Tentant même de les comparer : « Si l’Etna est plus connu que le Mont-Blanc, je crois qu’il est moins apprécié, et maintenant, que j’ai vu l’un et l’autre, je serais, je l’avoue, fort embarrassé pour donner la préférence à l’un d’eux ».

Lors de son ascension du Mont-Blanc, il décrit son équipée.

<< J’avais six guides ; c’étaient :

1° François Despland, âgé de 36 ans. Il avait déjà fait cinq voyages, dont trois jusqu’à la cime : entre autres, le dernier (16 septembre 1834) avec le docteur Barry. C’est un des plus intrépides chasseurs de chamois de la vallée.
2° David Simon, 38 ans.
3° Julien Desvouassous, 43 ans. Il avait fait trois voyages, dont deux jusqu’à la cime. Il était de la funeste expédition du docteur Hamel, dans laquelle trois guides périrent. Lui et un autre furent sauvés comme par miracle.
4° Jean-Michel Tairraz, 55 ans.
5° Michel Desvouassous, 34 ans. Il avait fait un voyage jusqu’à la cime en 1825.
6° Matthieu Simon, 38 ans.
Tous étaient mariés.

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J’avis ordonné le départ pour six heures du matin : personne ne manqua à l’appel. Il n’y eut ni pleurs, ni gémissements, comme, au dire de quelques voyageurs, cela arrive ordinairement ; mais le retard de la saison ne laissait pas que de donner de vives inquiétudes. Pour moi, je réfléchissais que les fictions de l’imagination sont toujours, ou presque toujours, ce qu’il y a de plus effrayant dans les craintes des hommes. Les apprêts du départ, les appréhensions d’autrui, les récits empreints de merveilleux suffisent pour frapper l’esprit, amortir le courage. Va-t-on au Mont-Blanc, qu’on se mette en garde contre les impressions étrangères, qu’on se défie de son imagination : elle devance et dépasse toujours la réalité.

Nous partîmes accompagnés des vœux de la population entière.

Voilà quel était l’ordre de marche :

Les porteurs, chargés du bagage, étaient les premiers. Je venais ensuite, monté sur mon mulet et accompagné du guide chef de la caravane ; les cinq autres guides suivaient.

Nous arrivâmes dans cet ordre au hameau des Pélerins, où habite Coutet, un des guides les plus renommés de Chamonix. Coutet était absent ; j’entrai chez lui pour comparer mes instruments aux siens. Je dois dire que ne m’étant décidé qu’à Chamonix à tenter l’ascension, j’avais eu des peines incroyables à me procurer une partie des instruments nécessaires : la mauvaise volonté d’un homme qui cherchait à annuler les résultats de mon voyage s’y étant opposée : et encore ceux que j’avais furent brisés avant d’arriver aux Grands-Mulets ; en sorte que de ce côté j’eux toutes les contrariétés imaginables.

En sortant de chez Coutet, nous commençâmes à gravir la partie sud-ouest du Montanvert, traversant le bois des Pèlerins. C’est le séjour de la dévastation : elle y règle par les torrents qui, dans leur furie, ont creusé des ravines profondes, entraîné des masses granitiques énormes, qui gisent là depuis des siècles ; en quelques endroits déraciné des arbres que la hache du temps aurait seule abattue. Tous les pins qui restent sur pied montrent leurs racines à la surface du sol. Là où les eaux n’ont point eu assez de force pour anéantir, elles ont affaibli ; elles minent, et la destruction n’en suivra pas moins sa marche.

Malgré cela, la végétation est vivace ; elle diminue peu à peu à mesure qu’on approche du chalet de la Para, le dernier lieu habité sur cette pente. Non loin de ce chalet pittoresque, se trouve la fontaine du même nom, dont l’eau limpide invite à se désaltérer. Puis on traverse un petit bois qui déjà annonce le changement de végétation. Ce ne sont plus les sapins ordinaires, ce sont les mélèzes, qui y croissent souvent chétifs et rabougris : le bouleau y mêle aussi sa tige argentée et son feuillage frémissant au moindre vent. La faiblesse de ces arbres, atteste le peu de fertilité de la terre.

On passe encore près d’un autre chalet dont j’ai oublié le nom et qui est inhabité. Adossée à un quartier de roc et dans une situation romantique, cette chaumière est probablement le refuge des pasteurs surpris par les orages.

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Peu après on entre sur le terrain aride et couvert de rochers.

Une espèce de sentier à peine tracé par les chèvres, conduit à la Pierre pointue, où l’on quitte les mulets. Certainement lorsqu’on est parvenu là, on peut assurer que ces animaux sont capables de passer partout ; car ils ont gravi avec un égal aplomb et les pierres glissantes et les escaliers taillés presque perpendiculairement ; et cela au-dessus d’un talus si raide qu’on peut le regarder comme un précipice dont le fond serait la vallée de Chamonix. >>

Vous pouvez lire l’ensemble de l’ouvrage ci-dessous, et c’est gratuit !

Illustration © DR

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