Tomek Mackiewicz, l’alpiniste qui avait une idée fixe : le Nanga Parbat

Tomasz Mackiewicz alias Tomek Mackiewicz était venu au Pakistan avec un aller-simple, faute de pouvoir payer le retour. Un sponsor de dernière minute, un petit boulot au Pakistan, il comptait bien trouver de quoi payer le billet retour. Il n’en aura pas l’occasion.

Il est sans aucun doute l’alpiniste à avoir passé le plus de temps sur le Nanga Parbat, cette montagne gigantesque au nord du Pakistan. Sept fois durant, il avait tenté d’en atteindre le sommet. Il a finalement réussi. Il a décroché ce graal tant convoité, mais pas sans en payer le prix. Dans la descente de cette ultime ascension, aveugle et diminué, il a été contraint de s’arrêter, quelque part vers 7.300m. Il n’en repartira pas vivant.

Tomek, l’auto-stoppeur tourmenté

C’est au cœur de la Pologne qu’est né Tomek Mackiewicz, en janvier 1975. C’est dans une ville de la banlieue de Czestochowa, au sud du pays, qu’il passe son enfance. A l’adolescence, ça se complique pour lui. Il n’a pas 18 ans quand il commence à se droguer. Assez vite, il devient héroïnomane et enchaîne les cures de désintoxication en Mazurie, dans le Nord-Est de la Pologne. Mais il fait le choix de s’en sortir et entreprend de longs voyages autour du monde. Il y découvre autre chose, une autre réalité. Passant même 6 mois aux côtés du Docteur Héléna Pyz dans un centre indien de soins pour lépreux. Il y organise des jeux pour les enfants et se reconstruit peu à peu. Il parle très peu anglais mais ça ne l’empêche pas de se rendre utile. Après un court passage par le Bangladesh, il finit par rentrer en Pologne, sans un sou, en auto-stop.

L’alpiniste qui avait une idée fixe

Il trouve un travail en rentrant au pays mais a la tête ailleurs. Dès 2004, il commence à grimper. Avec son compatriote et ami Marek Klonowski, rencontré lors d’un de ses voyages, il passe la vitesse supérieure. Une ascension remarquée au Mont Logan (2ème sommet le plus haut d’Amérique du Nord) commence à faire parler de lui. Puis un solo au Khan Tengri (7.010m, au Kazakhstan) et en 2010, il tombe amoureux d’une montagne. C’est le Nanga Parbat. Le neuvième sommet du monde (8.126m), surnommé « la montagne tueuse ». Tout un programme. Gravi pour la première fois en 1953 par l’autrichien Hermann Buhl, ce sommet n’a toujours pas – à cette époque – été conquis en hiver. C’est l’un des derniers 8.000 a résisté à l’assaut des alpinistes. Alors il relève le défi.

Avec Marek Klonowski, il réalise ses 4 premières tentatives. La première (hiver 2010-2011) ne les amène pas beaucoup plus haut que 5.500m. Les conditions de l’hiver sont trop hostiles pour pouvoir monter plus haut. L’année suivante n’est pas meilleure. Ils renoncent assez vite, trop de neige, trop froid, trop de vent. L’enfer. Durant l’hiver 2012-2013, ils parviennent à près de 7.400m. La progression est majeure par rapport aux années précédentes mais le sommet leur résiste toujours. D’autres expéditions veulent aussi conquérir le sommet et durant l’hiver 2013-2014, Tomek grimpe aux côtés de Simone Moro. Ensemble, ils parviennent à 7.200 mètres mais doivent renoncer. Klonowski jette l’éponge.

La cordée Mackiewicz/Revol

Alors l’année suivante, Tomek Mackiewicz se lance avec une nouvelle équipe. Parmi ses compagnons de cordée : une certaine Elisabeth Revol. De son côté, c’’est déjà sa deuxième tentative. Ils font marche arrière à 7.800m. Si proche du sommet. L’année suivante sera la bonne se disent-ils. Tomek et Elisabeth reviennent donc durant l’hiver 2015-2016. Ils essaient un nouvel itinéraire mais échouent à 7.600m.

Tomek et Eli
Tomek et Elisabeth

Alors que la cordée franco-polonaise fait demi-tour, une autre équipe tente sa chance. Composée du basque Alex Txikon, du Pakistanais Ali Sadpara et des italiens Tamara Lunger et Simone Moro, cette cordée va arriver jusqu’au sommet le 26 février 2016. Lunger abandonne quelques dizaines de mètres sous le sommet, mais les trois autres grimpeurs y parviennent. Le sommet n’est plus à conquérir. Mackiewicz se dit que ce n’est plus la peine d’essayer. Et il semble laisser tomber l’idée d’une septième tentative.

Puis l’idée fait son chemin et il revient avec Elisabeth Revol deux ans plus tard, pendant l’hiver 2017-2018. La suite vous la connaissez. Plusieurs semaines de préparation, d’acclimatation et une montée progressive pour tenter le sommet. Quand la fenêtre météo se présente, Tomek et Elisabeth sont au bon endroit. Ils peuvent alors tenter l’exploit. Ils parviennent au sommet mais le bonheur est de courte durée. Celui qui avait tant rêvé cette montagne en a finalement fait son tombeau.

Illustration : Facebook Tomek

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