Queyras : un téléphérique géant pourrait « défigurer » Saint Véran !

Jusque là préservé par le tourisme de masse, le Parc Naturel Régional du Queyras pourrait voir la commune de Saint Véran changer la donne. En cause, un projet de téléphérique qui pourrait être construit entre le village et son observatoire, installé à 2.930 mètres, sur le Pic de Chateau Renard. Un projet soutenu par Danielle Guignard, maire de la commune, et François Taris de l’Observatoire de Paris, en charge des installations scientifiques de Saint Véran. S’ils se défendent d’ouvrir la porte au tourisme de masse, ils font face à un certain nombre de remous. Une partie de la population pointe du doigt certaines conséquences potentielles d’une nouvelle installation, les élus du Parc du Queyras ont même donné un avis défavorable en l’absence d’une étude d’impact plus poussée. Que contient donc ce projet et que risque Saint Véran, ce petit village labellisé « Plus beaux villages de France »  ?

Un projet scientifique ET touristique

L’idée de ce téléphérique est liée aux projets de l’observatoire. Ce dernier, géré par des associations locales et utilisé par les équipes de l’Observatoire de Paris, se développe progressivement depuis les années 1970. Dernier projet en date, l’installation d’un télescope flambant neuf pour prolonger des recherches liées notamment à l’observation de « Noyaux Actifs de Galaxies ». Une ambition qui nécessite « une accessibilité toutes périodes pour la sécurité des biens et des personnes ». La piste 4×4, accessible seulement aux beaux jours, ne répond que partiellement à ce besoin. A l’image du téléphérique du Pic du Midi (Pyrénées), l’Observatoire se voudrait relié à la civilisation toute l’année. Outre les scientifiques, l’installation pourrait également transporter des touristes.

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Avec un débit prévu de 600 passagers par heure, et une exploitation sur quelques 270 jours par an, l’arithmétique promet une capacité supérieure à un million de visiteurs par an. Un chiffre théorique qui ne sera évidemment jamais atteint ; les promoteurs du projet penchent pour environ 100.000 personnes par an, au bout de 5 ans. En clair, 400 visiteurs par jour seraient susceptibles d’emprunter le téléphérique, presqu’autant qu’au Pic du Midi. Entre chiffres théoriques et estimations des porteurs du projet, la vérité est quelque part. L’accessibilité (complexe) du Queyras et de Saint Véran ne garantit pas la foule des grands jours.

En parallèle, le projet comprend d’autres travaux permettant d’offrir aux touristes une capacité d’accueil et hébergement à l’Observatoire. Ces derniers pourraient ainsi profiter de la pureté du ciel de Saint Véran pour observer les étoiles, le temps d’une nuit à quelques 300 €. Ajoutés aux près de 30 € de montée par personne, le budget vacances dans le Queyras risque d’augmenter sérieusement si l’on veut profiter de cette nouvelle offre.

Plus d’informations dans l’Etude de Faisabilité !

Un impact sur le paysage et bien plus…

Selon les opposants au projet, les conséquences (négatives) seraient multiples. A commencer par un impact sur le paysage. Les différents scénarios évoqués prévoient la construction de 6 à 7 pylônes mesurant entre 25 et 35 mètres pour supporter la ligne et ses deux cabines. En comparaison à des alpages vierges de toute installation, le paysage serait indéniablement affecté. En plein cœur d’un Parc Naturel Régional, cet impact est à souligner.   

Le deuxième adjoint de la commune, Mathieu Antoine, fait partie des détracteurs du projet. Il a d’ailleurs lancé une pétition qui a récolté près de 12.000 signatures. Parmi lesquelles une poignée d’habitants du village seulement (selon Madame le Maire). Il met en avant « l’ouverture d’un nouveau domaine skiable » qu’il évalue à près de 15 kilomètres carrés. Ces espaces hors-piste seraient effectivement rendus accessibles par le téléphérique. Aujourd’hui, pour y skier, il faut monter jusqu’au Pic de Chateau Renard en ski de randonnée ; la fréquentation est donc très faible. En été, ce sont les VTT qui pourraient profiter de ce nouvel espace soudainement rendu accessible. A ce stade, ces nouvelles fréquentations (et leurs conséquences sur l’environnement) n’ont pas été évaluées.

Dans une lettre adressée à Reporterre qui avait évoqué ce projet, la Maire de Saint Véran souligne qu’à aujourd’hui : « aucun risque sur l’environnement n’a pour l’instant été pointé ». Elle met en avant un « projet de tourisme raisonnable et raisonné ». Ce projet, estimé à 25 millions d’Euros, serait aux deux tiers financé par le futur opérateur de la remontée mécanique.

Illustration  Saint Véran © mossot

3 Commentaires

  1. Bonjour,
    L’acceptation d’un projet de téléphérique se fait toujours en plusieurs temps
    -premier temps, quelques habitants sont violemment contre pour des raisons généralement imaginaires et fausses
    -deuxième temps, on voit apparaître deux camps: les pour et les contre, chacun avec des arguments complètement faux.
    Je suis Suisse, mais je vis en France. La Suisse a mis en place depuis 1902 plus de TROIS CENTS téléportés pour transporter des gens comme le feraient des bus: rien à voir avec le ski!
    Résultat: les Suisses ont un trafic automobile quotidien bien plus faible que la France? NON BRUANT, vingt fois moins d’accidents mortels que la France par million d’habitants, beaucoup moins de bruit et beaucoup moins de problèmes d’allergie que la France. Un Suisse sur deux se déplace en transports public, contre un sur 20 en France. Cherchez l’erreur!
    Partout où le câble a été installé, en particulier mais pas seulement en France il devient le mode de transport privilégié par les habitants: silencieux, pas d’accident et coût de transport minimisé. S’y opposer n’a pas de sens: pas de pollution, pas de bruit, ni pollution ni d’accident avec les matériels installés depuis 2002 et un coût de transport dérisoire. On ne peut pas faire mieux! S’y opposer ne peut résulter que d’une méconnaissance totale de ce que sont le transport par câble et le transport routier.

  2. Pour compléter mon premier message, je voudrais rappeler à mes compatriotes Français qu’aucun de mes compatriotes Suisses ne remet en cause le principe du transport public par câble, alors qu’ils en ont déjà plus de 300 en service depuis longtemps Et le très petit nombre d’accidents mortels sur les routes Suisses devrait nous montrer quelle est la bonne méthode pour les transports. In n’y a pas de honte à s’inspirer d’un modèle qui marche sans accident ni victime et à très faible coût, n’en déplaise aux fanatiques de l’automobile qui elle nous coûte très cher, financièrement et humainement, et globalement en temps perdu dans les embouteillages.
    Bien cordialement
    Pierre Jaussaud

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