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Cinq grimpeuses partagent leurs expériences pour faire face à la pandémie !

Ces cinq femmes sont des montagnardes très différentes. Elles ont toutes des carrières, des envies, des ambitions et des expériences variées. Chacune trouve en montagne des clés pour mieux appréhender la situation actuelle. Comment faire face à cette pandémie et à ces injonctions à rester chez soi ? Éléments de réponse aux quatre coins du monde. Avec l’himalayiste et skieuse de randonnée Tamara Lunger, l’exploratrice polaire et alpiniste Vilborg Arna Gissurardottir, la (jeune) grimpeuse Alyssa Azar, la psy-alpiniste Vanessa Estol et l’économiste-modèle-alpiniste Lotta Hintsa.


Tamara

Tamara : la patience au camp de base et la méditation

Tamara Lunger pratique le ski de randonnée et fréquente les plus hauts sommets de la planète. Y compris en hiver. Il y a quelques semaines, elle mettait fin à son aventure hivernale dans le Karakoram après une chute de son compagnon de cordée, Simone Moro, qui aurait pu virer au drame. Depuis, elle est de retour en Italie du Nord, dans l’un des épicentres de la pandémie. Mais elle cherche de bons côtés à cette situation. Ses expériences lui filent un coup de main… « Au camp de base, il te faut attendre tellement de temps, pour le beau temps par exemple. (…) tu ne peux pas t’éloigner, il neige, il y a le risque d’avalanches, etc… Tu cuisines, tu lis, tu écris. C’est comme en ce moment. Il n’y a rien à faire d’important. Mais il faut comprendre qu’on n’a pas besoin d’aller quelque part tous les jours pour être heureux. On trouve cette joie en nous, (…) je fais beaucoup de méditation en ce moment ! ».

Elle nous encourage à voir le verre à moitié plein : « C’est juste la manière de voir les choses. Oh mon Dieu je ne peux pas sortir. Est-ce que c’est si grave ? Si tu peux rester avec tes proches ». « Il faut accepter, on n’a pas le choix, il faut juste essayer d’être en paix avec soi-même » affirme Tamara.

Vilborg

Vilborg : Accepter qu’il y a des choses que l’on ne contrôle pas.

Entre une expédition en solitaire au Pole Sud, le titre de première Islandaise à l’Everest et le Cho Oyu seule, sans assistance et sans oxygène, Vilborg Arna Gissurardottir dirige une agence de voyage. « Lorsque vous voyagez et grimpez, beaucoup d’efforts sont nécessaires pour rester en bonne santé et éviter les situations qui peuvent vous causer des problèmes de grippe ou d’estomac. Je suis passé au même mode en ce qui concerne la situation actuelle ». Au-delà d’une certaine altitude, une maladie bénigne peut se révéler impossible à soigner. L’Islandaise souligne également que ses expériences en montagne l’aident à accepter certaines situations. « Les choses ne seront jamais exactement comme nous les avions imaginées et il y a des choses que nous ne contrôlons pas ». Il faut l’accepter. « Cela vaut tant pour nos coéquipiers que pour les situations » ajoute Villa.

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Alyssa : Une affaire de mental dont on peut tirer quelque chose !

L’Australienne Alyssa Azar était au camp de base de l’Everest en 2014 et 2015, comme Vilborg Arna Gissurardottir. L’une comme l’autre n’ont pas pu gravir la montagne ces saisons-là, une terrible avalanche et le tremblement de terre ayant mis fin aux expéditions. Alyssa y est revenue en 2016, jusqu’au sommet. Elle avait alors 19 ans. « Gravir des montagnes c’est une question de mental, de comment vous vous comportez sous un stress très fort » nous explique-t-elle, en dressant un parallèle avec la situation actuelle. « La clé est d’accepter la pression et d’en tirer quelque chose ». Elle nous explique surtout que du positif peut se cacher dans la difficulté, c’est du moins son expérience en expédition. « Les jours les plus durs, ceux où vous êtes à la limite d’abandonner, sont ceux dont vous tirez le meilleur parti et où vous apprenez le plus ! ». Son conseil ? « Soyez calme, informez-vous de ce qui est nécessaire, et focalisez-vous sur des plaisirs simples ».

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Vanessa : Des objectifs à court terme pour limiter les frustrations !

Vanessa Estol est docteur en psychologie et alpiniste. D’origine uruguayenne, elle vit au Mexique. Ce printemps, elle devait partir pour le Népal pour sa première tentative d’ascension de l’Everest. Après le Manaslu il y a deux ans, elle s’est découvert une passion pour la très haute montagne. Elle explique à Cumbres Mountain Magazine que la montagne est un apprentissage très riche pour faire face à une période comme celle que nous traversons actuellement. Elle souligne notamment l’importance des objectifs à court terme. « Il est moins stressant de penser à faire un pas à la fois que de penser qu’il faut atteindre le sommet tout le temps » affirme-t-elle. Se fixer des objectifs rapprochés réduirait ainsi les frustrations et le sentiment d’être dépassé.

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Lotta : Attention à la sortie !

De se côté, la Finlandaise Lotta Hintsa encourage à « continuer à rêver à des endroits magnifiques, à des aventures formidables, à des grandes montagnes, à sentir le soleil sur votre visage ». Tout ce qui peut nous donner envie de croire dans un futur plus ou moins proche ! Lotta, diplômée d’économie et ex-Miss Finlande, était au Broadpeak il y a quelques mois avec Don Bowie et Denis Urubko. Elle a découvert la dureté du Karakoram en plein hiver. A la fin de cette expédition, elle expliquait notamment le « choc de revenir à la civilisation » sans devenir dingue. Quand le temps du déconfinement sera venu, il faudra garder en tête son message. Etre confiné n’est pas simple mais regagner une forme de liberté après une longue période à en être privé peut également être une difficulté.

Illustration © Tamara Lunger / Vilborg Arna Gissurardottir / Alyssa Azar / Vanessa Estol / Lotta Hintsa

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Arnaud P

Passionné par l'univers de la montagne sous tous ses aspects, Arnaud est membre de la rédaction d'Altitude.News ! Originaire du sud de la France, ça ne l'a pas empêché de s'installer un temps en Savoie ! Il écrit des articles dans les catégories : Alpinisme, Rando/Trek, Business et Nature. Pour le contacter directement : arnaud@altitude.news !

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